Le 15 mars 44 avant Jésus-Christ — les Ides de Mars — Jules César, le maître de Rome, se rendit au Sénat. Il avait cinquante-cinq ans. Il avait conquis la Gaule, vaincu Pompée, séduit Cléopâtre, réformé le calendrier, et s'était fait nommer dictateur à vie. Ce matin-là, sa femme Calpurnia l'avait supplié de ne pas sortir : elle avait rêvé de son cadavre ensanglanté. Un aruspice étrusque, Spurinna, l'avait averti : « Méfie-toi des Ides de Mars. » César haussa les épaules. Il arriva au Sénat, s'assit sur son trône doré. Un sénateur, Tillius Cimber, s'approcha pour lui présenter une pétition. C'était le signal. Casca frappa le premier, par-derrière, à l'épaule. César se retourna, stupéfait. Puis les autres conjurés se ruèrent sur lui, poignards levés. Soixante sénateurs l'entouraient. Il tenta de se défendre, mais il reçut vingt-trois coups. Quand il vit, parmi ses assassins, le visage de Marcus Junius Brutus — le fils de sa maîtresse Servilia, qu'il avait comblé d'honneurs — il cessa de lutter. « Toi aussi, mon fils ? » murmura-t-il en grec. Il tomba au pied de la statue de Pompée. Son corps percé de plaies gisait sur le marbre. La République romaine, en le tuant, se tua elle-même.
Résumé : Jules César (100–44 av. J.-C.), général et homme politique romain, fut assassiné le 15 mars 44 av. J.-C. (les « Ides de Mars ») par un groupe de sénateurs menés par Marcus Junius Brutus et Caius Cassius Longinus. Le complot visait à éliminer le dictateur qui menaçait, selon eux, la République romaine. César fut frappé de 23 coups de poignard lors d'une séance du Sénat au Théâtre de Pompée. Son assassinat ne sauva pas la République : il déclencha une guerre civile qui aboutit, treize ans plus tard, à l'avènement de l'Empire sous Auguste. Les assassins, Brutus et Cassius, furent vaincus à la bataille de Philippes en 42 av. J.-C. et se suicidèrent. L'assassinat de César reste l'un des meurtres politiques les plus célèbres de l'histoire, immortalisé par Shakespeare dans sa tragédie « Jules César ».
👑 Le Maître de Rome
En 44 av. J.-C., Jules César était au sommet de sa puissance. Vainqueur des Gaulois, vainqueur de Pompée, il avait mis fin à un siècle de guerres civiles. Il avait été nommé dictateur pour dix ans, puis dictateur à vie. Il portait la couronne de laurier, la toge pourpre des anciens rois. Son image frappait les monnaies. On lui rendait un culte, avec un temple et un prêtre dédiés à sa personne. Mais Rome, qui avait chassé ses rois quatre siècles plus tôt, ne supportait pas la monarchie. Le titre de « rex » (roi) était une insulte mortelle. Le 15 février, lors des Lupercales, Marc Antoine avait publiquement offert un diadème à César, qui l'avait refusé trois fois, sous les acclamations de la foule. Mais le geste avait terrifié les républicains. « Il veut être roi », murmuraient-ils. Un groupe de sénateurs, menés par Cassius et Brutus, décida de l'éliminer.
🗡️ Brutus : Le Fils Spirituel
Marcus Junius Brutus n'était pas un ennemi de César. Il était le fils de Servilia, qui fut la maîtresse de César pendant vingt ans. César l'avait épargné après Pharsale, où Brutus combattait dans le camp de Pompée. Il l'avait nommé gouverneur de la Gaule cisalpine, puis préteur urbain. Il le traitait comme un fils. Mais Brutus se réclamait d'un autre ancêtre : Lucius Junius Brutus, le fondateur de la République, qui avait chassé le dernier roi de Rome en 509 av. J.-C. Sa statue, disait-on, était couverte de graffitis : « Brutus, tu dors ? » « Tu n'es pas un vrai Brutus ! » Cassius, le véritable cerveau du complot, exploita cette fibre. Brutus finit par accepter de participer. Son adhésion donna au complot sa légitimité morale.
« Ce n'est pas que j'aime moins César, mais j'aime davantage Rome. »
🔪 La Curie de Pompée
Le 15 mars 44 av. J.-C., César se rendit au Sénat, qui siégeait temporairement dans la Curie de Pompée, au Champ de Mars. En chemin, un philosophe grec, Artémidore, tenta de lui glisser une lettre dénonçant le complot. César la garda en main sans l'ouvrir. Arrivé au Sénat, les conjurés s'approchèrent. Tillius Cimber lui saisit la toge aux épaules. « C'est une violence ! » s'écria César. Casca frappa le premier, par-derrière. César, blessé à l'épaule, se retourna et lui planta son stylet dans le bras. Mais les autres s'élançaient déjà. Poignards levés, ils le frappèrent de toutes parts. César chancela. Il vit Brutus parmi eux. « Kai su, teknon ? » murmura-t-il en grec — « Toi aussi, mon fils ? » Il rabattit sa toge sur son visage et s'effondra au pied de la statue de Pompée. Vingt-trois coups lui avaient été portés. Un seul, selon le médecin Antistius qui examina le corps, était mortel : le deuxième, en pleine poitrine. Les conjurés, les bras ensanglantés, sortirent du Sénat en criant : « Le tyran est mort ! La République est libérée ! » Mais dans les rues de Rome, un silence de mort les accueillit.
Le Cadavre au Pied de Pompée
« César s'effondra au pied de la statue de son ancien rival, Pompée le Grand. Ironie du sort : le vainqueur mourait aux pieds du vaincu. Son corps percé de vingt-trois plaies resta là, abandonné par les sénateurs en fuite. Trois esclaves le ramassèrent et le ramenèrent chez lui sur une civière. »
🔥 Les Funérailles et la Vengeance
Le 20 mars, les funérailles de César furent organisées sur le Forum. Marc Antoine, son lieutenant, prononça l'oraison funèbre. Il brandit la toge ensanglantée de César, déchirée de vingt-trois coups. La foule, d'abord silencieuse, explosa de fureur. Elle se rua dans les rues, cherchant à lyncher les conjurés. Brutus et Cassius s'enfuirent de Rome. Une nouvelle guerre civile éclata. Marc Antoine, Octave (le petit-neveu adoptif de César, futur Auguste) et Lépide formèrent le second triumvirat et écrasèrent les républicains à la bataille de Philippes en 42 av. J.-C. Brutus et Cassius se suicidèrent. La République, que les conjurés avaient voulu sauver, disparut dans le sang. Treize ans après les Ides de Mars, Octave devint Auguste, le premier empereur romain. César, divinisé, trônait au panthéon des dieux. Son assassinat, qui devait tuer la tyrannie, avait enfanté l'Empire.
🤔 Questions Fréquemment Posées
1) César a-t-il vraiment dit « Tu quoque, mi fili » ? Probablement pas. Suétone rapporte qu'il dit en grec « Kai su, teknon ? » — « Toi aussi, mon enfant ? » La phrase latine « Tu quoque, mi fili » est une invention de Shakespeare.
2) Pourquoi les sénateurs l'ont-ils tué ? Par crainte qu'il ne se proclame roi et n'abolisse définitivement la République. Le complot était idéologique.
3) Brutus était-il vraiment le fils de César ? Non, mais César le considérait comme tel, ayant été l'amant de sa mère Servilia pendant des années.
4) Où eut lieu l'assassinat ? Dans la Curie de Pompée, un bâtiment du Champ de Mars où le Sénat siégeait temporairement.
5) Quel fut le résultat immédiat ? Les conjurés furent contraints de fuir Rome. La guerre civile reprit et aboutit à l'avènement de l'Empire sous Auguste.