Il fut le plus grand roi de l'histoire d'Israël, le fils et héritier du prophète David, et le dépositaire d'une sagesse et d'un pouvoir que nul être humain n'a possédés avant ni après lui. Son nom était Salomon — Soulayman en arabe, Shlomo en hébreu. Selon la Torah, le Coran et la tradition juive et islamique, Dieu lui accorda des dons inouïs : la sagesse la plus profonde jamais donnée à un homme (« la sagesse de Salomon » est devenue proverbiale), la maîtrise des vents qui le transportaient d'un bout à l'autre de son royaume en une matinée, la soumission des djinns qui bâtissaient pour lui des palais, des statues et des bassins, et la capacité de comprendre et de parler le langage des animaux — oiseaux, fourmis, huppes. Il hérita de David le trône d'Israël, construisit le Temple de Jérusalem, reçut la reine de Saba (Bilqis) et la convertit au monothéisme. Son règne de quarante années marqua l'apogée d'Israël comme puissance régionale et centre spirituel. Mais la mort le surprit appuyé sur son bâton, tandis que les djinns, qui ne savaient pas qu'il était mort, continuaient à travailler pour lui — preuve que les djinns ne connaissent pas l'invisible (ghayb). Son histoire, mêlant grandeur royale, miracles éclatants et leçons spirituelles profondes, continue d'émerveiller les croyants et de fasciner les chercheurs.
Salomon dans les trois traditions : Dans la Torah (1 Rois 1-11), Salomon est le fils de David et Bethsabée, célèbre pour sa sagesse, la construction du Temple, et le jugement des deux prostituées. Dans les Évangiles, Jésus mentionne « la gloire de Salomon » que les lis des champs surpassent. Dans le Coran, Soulayman est un prophète majeur, cité dix-sept fois, doté de pouvoirs miraculeux uniques : les vents obéissent à son ordre, les djinns travaillent pour lui, il comprend le langage des animaux, et un anneau scelle son pouvoir. Le Coran (Sourate Sad, 30-40) le décrit comme « un excellent serviteur de Dieu, toujours repentant ». Il est aussi associé à la reine de Saba (non nommée dans le Coran, mais appelée Bilqis par la tradition), qui se convertit au monothéisme après avoir visité son palais.
🧠 La Sagesse de Salomon : Le Jugement des Deux Mères
Le don le plus célèbre de Salomon est sa sagesse légendaire. La Bible raconte que Dieu apparut à Salomon en songe et lui dit : « Demande-moi ce que tu veux que je te donne. » Salomon répondit : « Donne à ton serviteur un cœur qui sache écouter, pour juger ton peuple et discerner entre le bien et le mal. » Dieu, satisfait de voir qu'il n'avait pas demandé la richesse, la puissance ou une longue vie, lui accorda non seulement la sagesse, mais aussi la richesse, la gloire et la paix. L'exemple le plus célèbre de cette sagesse est le jugement des deux prostituées. Deux femmes vivant dans la même maison avaient donné naissance à un enfant chacune, à trois jours d'intervalle. L'un des bébés mourut étouffé par sa mère pendant son sommeil. Les deux femmes se présentèrent devant le roi Salomon, chacune affirmant que l'enfant survivant était le sien. Salomon ordonna : « Coupez l'enfant vivant en deux, et donnez-en la moitié à l'une, la moitié à l'autre. » La vraie mère s'écria aussitôt : « Non, Seigneur, donnez-lui l'enfant, mais ne le tuez pas ! », tandis que l'autre femme dit : « Qu'il ne soit ni à moi ni à toi : coupez ! » Salomon sut immédiatement que la première femme était la véritable mère. Le peuple d'Israël fut saisi de respect pour son roi.
🐜 Les Miracles de Salomon selon le Coran
Le Coran détaille plusieurs miracles uniques accordés à Salomon :
1. Le langage des oiseaux : « Ô hommes, nous avons appris le langage des oiseaux, et nous avons été comblés de toutes choses » (Sourate An-Naml, 16). Salomon comprenait et parlait le langage de toutes les créatures ailées. C'est une huppe (hudhud) qui lui apporta la nouvelle du royaume de Saba et de sa reine adoratrice du soleil.
2. La vallée des fourmis : Un jour, Salomon traversait une vallée avec son armée d'hommes, de djinns et d'oiseaux. Une fourmi avertit ses congénères : « Ô fourmis, entrez dans vos demeures, de peur que Salomon et ses armées ne vous écrasent sans le savoir. » Salomon sourit, entendit la fourmi, et remercia Dieu de lui avoir accordé cette grâce (Sourate An-Naml, 18-19).
3. Les djinns bâtisseurs : Dieu soumit à Salomon les djinns rebelles, qui travaillaient pour lui sous la surveillance de démons enchaînés. Ils construisaient des palais, des statues monumentales, des bassins de cuivre aussi vastes que des réservoirs, et des chaudrons de cuivre fixes (Sourate Saba', 12-13).
4. Le vent obéissant : « Et à Salomon, Nous avons soumis le vent : son parcours du matin équivalait à un mois de marche, et son parcours du soir à un mois de marche » (Sourate Saba', 12). Selon la tradition, Salomon se déplaçait sur un tapis volant porté par le vent, avec toute sa cour et son armée.
L'Anneau de Salomon
Selon la tradition juive et islamique, le pouvoir de Salomon était scellé dans un anneau gravé du Nom divin. C'est cet anneau qui lui donnait autorité sur les démons, les vents et les animaux. Un jour, un démon (Asmodée dans la tradition juive, Sakhr dans la tradition islamique) vola l'anneau et se fit passer pour Salomon pendant quarante jours, tandis que le vrai Salomon errait incognito. Quand il récupéra l'anneau, il punit le démon en l'enchaînant à un rocher au fond de la mer. Cette légende, bien que non présente dans la Torah ni dans le Coran, est très populaire dans le folklore juif et musulman.
👸 La Reine de Saba (Bilqis)
L'histoire la plus développée du règne de Salomon dans le Coran est celle de la reine de Saba (Sourate An-Naml, 20-44). La huppe, absente du rassemblement des oiseaux, revint avec une nouvelle stupéfiante : elle avait découvert un peuple gouverné par une femme, la reine de Saba, qui possédait un trône magnifique mais adorait le soleil au lieu de Dieu. Salomon envoya une lettre à la reine par l'intermédiaire de la huppe : « Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux. Ne vous élevez pas contre moi et venez à moi, soumis. » La reine, après avoir consulté ses conseillers, décida d'envoyer des présents. Salomon les refusa avec dédain. Puis, pour impressionner la reine avant même son arrivée, il demanda à ses djinns et à ses hommes : « Lequel d'entre vous m'apportera son trône avant qu'elle ne vienne à moi, soumise ? » Un djinn puissant (Ifrit) répondit : « Je te l'apporterai avant que tu ne te lèves de ta place. » Mais un sage qui possédait la connaissance du Livre dit : « Je te l'apporterai en un clin d'œil. » Le trône apparut instantanément devant Salomon. Quand la reine arriva et vit son trône déjà là, elle reconnut la puissance divine et se convertit au monothéisme. Cette histoire est l'un des récits coraniques les plus célèbres, mêlant politique, miracle et conversion.
« Et Nous avons donné à David Salomon. Quel excellent serviteur ! Il était toujours repentant. Quand un soir, on lui présenta de magnifiques chevaux de race, il dit : "J'ai préféré l'amour des biens au souvenir de mon Seigneur, jusqu'à ce que le soleil se cache derrière le voile de la nuit. Ramenez-les-moi !" Et il se mit à leur trancher les jarrets et le cou. »
💀 La Mort Mystérieuse de Salomon
La mort de Salomon est l'un des épisodes les plus saisissants du Coran (Sourate Saba', 14). Après des décennies de règne, Salomon, sentant sa fin prochaine, s'appuya sur son bâton et pria. Il mourut ainsi, debout, sans que personne ne s'en aperçoive. Les djinns continuaient à travailler pour lui, construisant, forçant, transportant, pensant qu'il les regardait. Pendant des semaines, peut-être des mois, le cadavre de Salomon resta debout, soutenu par son bâton. Ce n'est qu'au moment où les termites (dabbat al-ard, littéralement « la bête de la terre ») rongèrent le bâton, qui se brisa, que le corps de Salomon tomba. Les djinns comprirent alors qu'il était mort depuis longtemps. Le Coran tire de cet épisode une leçon cruciale : « Si les djinns avaient connu l'invisible (ghayb), ils ne seraient pas restés dans le châtiment humiliant. » Cette mort mystérieuse de Salomon est un argument théologique fort dans l'islam : même les êtres les plus puissants ne connaissent pas l'heure de leur mort, et les créatures les plus savantes (les djinns) ne connaissent pas l'invisible, preuve que Dieu seul possède cette connaissance.
📜 Postérité : Le Roi Sage et la Leçon de l'Invisible
Salomon est une figure universelle, vénérée dans les trois monothéismes. Dans le judaïsme, il est le bâtisseur du Temple, l'auteur du Cantique des Cantiques, des Proverbes et de l'Ecclésiaste. Dans le christianisme, il est le roi sage par excellence. Dans l'islam, il est le prophète-roi dont le pouvoir miraculeux illustre la grandeur divine, mais aussi l'exemple que le pouvoir temporel et la richesse ne sont pas incompatibles avec la piété — à condition de toujours se repentir et de reconnaître que tout don vient de Dieu. La leçon ultime de la vie de Salomon est celle de sa mort : la puissance, la sagesse, la richesse, les miracles — rien ne peut retarder l'échéance fixée par Dieu. Même le plus grand roi de l'histoire humaine est mort debout, seul, et personne ne s'en est aperçu.
Salomon et le Coran : une précision unique : Le récit coranique de la mort de Salomon (Sourate Saba', 14) est propre à l'islam et ne se trouve ni dans la Bible juive ni dans les traditions chrétiennes. Il est généralement interprété par les commentateurs musulmans comme une preuve que les djinns ne connaissent pas l'invisible (ghayb) — une réfutation implicite des croyances préislamiques qui attribuaient aux djinns la connaissance du destin et des secrets divins. La « bête de la terre » (dabbat al-ard) qui rongea le bâton est identifiée par la plupart des exégètes comme un termite (aradah).