Le Yémen — le pays le plus pauvre du monde arabe, fracturé entre tribus, régions et confessions — connut en 2011 l'une des plus longues et des plus tenaces révolutions du Printemps arabe. Pendant plus d'un an, des centaines de milliers de Yéménites occupèrent pacifiquement la « Place du Changement » (Sahat at-Taghyir) à Sanaa, exigeant la fin de 33 ans de règne autocrate d'Ali Abdallah Saleh. Surnommé le « danseur sur les têtes de serpents » pour sa capacité à manipuler les factions yéménites, Saleh refusa de partir pendant des mois, malgré la défection de ses alliés tribaux, la scission de son armée, et une tentative d'assassinat qui le brûla grièvement (juin 2011). Il finit par céder en février 2012, transmettant le pouvoir à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi. Mais la transition échoua. En 2014, les rebelles Houthis s'emparèrent de Sanaa, déclenchant une guerre civile régionale (Arabie saoudite contre Iran) qui a fait — selon l'ONU — plus de 370 000 morts et créé la pire crise humanitaire du monde.
Résumé : Janvier 2011 : premières manifestations au Yémen. 27 janvier : grande marche sur Sanaa. Occupation de la Place du Changement. Répression du régime (2 000 morts). Défection du général Ali Mohsen al-Ahmar et de tribus alliées. 3 juin 2011 : attentat contre Saleh (grièvement brûlé). Il part se faire soigner en Arabie saoudite. Novembre 2011 : accord de transition orchestré par le CCG. 27 février 2012 : Saleh cède officiellement le pouvoir à Hadi. 2014 : les Houthis prennent Sanaa. Guerre civile et intervention saoudienne. Saleh est tué par les Houthis en décembre 2017.
🐍 Ali Abdallah Saleh : Le Danseur sur les Têtes de Serpents
Ali Abdallah Saleh dirigeait le Yémen depuis 1978 — d'abord comme président du Yémen du Nord, puis du Yémen unifié après 1990. Son surnom — « le danseur sur les têtes de serpents » — résumait son génie politique : manipuler les tribus, acheter les loyautés, jouer les factions les unes contre les autres. Mais en 2011, le Yémen était au bord de l'effondrement : chômage massif, épuisement des réserves d'eau et de pétrole, rébellion houthie au nord, mouvement sécessionniste au sud, présence d'Al-Qaïda. La révolution tunisienne et égyptienne galvanisèrent les Yéménites. Le 27 janvier 2011, des dizaines de milliers de manifestants descendirent dans les rues de Sanaa. La « Place du Changement » — rebaptisée ainsi — devint le campement permanent de la révolution, comme Tahrir au Caire.
« Irhal, irhal, ya Ali ! » — « Dégage, dégage, Ali ! »
💥 La Défection des Alliés et l'Attentat
Le régime de Saleh vacilla quand ses principaux soutiens l'abandonnèrent. En mars 2011, le général Ali Mohsen al-Ahmar — commandant de la 1re Division blindée, parent de Saleh — fit défection et rejoignit la révolution. Les tribus Hached et Bakil, piliers du régime, retirèrent leur soutien. Le Yémen se scinda en deux camps armés : loyalistes de Saleh contre forces du général Mohsen et milices tribales. Le 3 juin 2011, une bombe explosa dans la mosquée du palais présidentiel pendant la prière. Saleh fut grièvement brûlé au visage et aux mains — il survécut mais partit se faire soigner en Arabie saoudite. Son absence dura 3 mois. Pendant ce temps, la pression internationale — États-Unis, CCG, ONU — força les parties à négocier.
🕊️ L'Accord de Transition et la Guerre Civile
En février 2012, Saleh céda officiellement le pouvoir. Il devint le quatrième dictateur arabe à tomber pendant le Printemps arabe. Le vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi prit la tête d'un gouvernement de transition. Mais la transition échoua sur tous les fronts. En septembre 2014, les rebelles Houthis — mouvement chiite zaïdite soutenu par l'Iran — s'emparèrent de Sanaa. Hadi s'enfuit à Aden puis en Arabie saoudite. En mars 2015, une coalition menée par l'Arabie saoudite (avec le soutien logistique américain) lança une intervention militaire massive. Saleh — dans un retournement typique — s'allia aux Houthis contre Hadi, avant de se brouiller avec eux. Le 4 décembre 2017, les Houthis assassinèrent Saleh à Sanaa.
La Pire Crise Humanitaire du Monde
« La guerre au Yémen (2014-présent) est devenue — selon l'ONU — la pire crise humanitaire de la planète. Plus de 370 000 morts (combats, famine, maladies). 4 millions de déplacés internes. 80% de la population (24 millions sur 30) dépend de l'aide humanitaire. Blocus saoudien, bombardements, épidémie de choléra (la pire jamais enregistrée), famine généralisée. Le Yémen — déjà le pays le plus pauvre du monde arabe — est devenu un enfer humanitaire. La révolution de 2011, qui promettait la démocratie et la dignité, a accouché d'une catastrophe. »