En juillet 1995, au cœur de l'Europe, à quelques heures de vol de Bruxelles, s'est déroulé le pire massacre sur le sol européen depuis la Shoah. Srebrenica. Une petite ville de Bosnie orientale. Déclarée « zone de sécurité » par les Nations Unies en 1993. 40 000 réfugiés bosniaques musulmans s'y étaient entassés, protégés – croyaient-ils – par 600 Casques bleus néerlandais (Dutchbat). Le 11 juillet 1995, l'armée serbe de Bosnie, commandée par le général Ratko Mladić, est entrée dans Srebrenica sans rencontrer de résistance. Les soldats néerlandais n'ont pas combattu. Ils ont regardé. En 5 jours, 8 372 hommes et garçons (de 13 à 77 ans) ont été emmenés, exécutés, et jetés dans des fosses communes. Les femmes ont été déportées. Les viols étaient systématiques. Le monde a regardé. N'a rien fait. Ceci est l'histoire du massacre de Srebrenica. Un génocide aux yeux de tous.
Résumé : Srebrenica était une enclave musulmane dans l'est de la Bosnie, déclarée « zone de sécurité » par l'ONU (Résolution 819, 1993). 600 Casques bleus néerlandais y étaient stationnés. Le 11 juillet 1995, les forces serbes de Bosnie (VRS) commandées par Ratko Mladić ont envahi l'enclave. Les Néerlandais n'ont pas résisté. 8 372 Bosniaques (hommes et garçons) ont été exécutés systématiquement. La CIJ et le TPIY ont qualifié le massacre de « génocide ». Mladić a été condamné à la perpétuité en 2017.
🏳️ La Zone de Sécurité Qui N'en Était Pas Une
En 1993, au plus fort de la guerre de Bosnie, l'ONU déclara Srebrenica « zone de sécurité ». L'idée : protéger les civils musulmans assiégés par les Serbes. 600 Casques bleus néerlandais (Dutchbat) furent déployés. Armés légèrement. Sans mandat offensif. En réalité, Srebrenica était un piège. 40 000 réfugiés entassés dans une ville sans ravitaillement suffisant. Les Serbes contrôlaient toutes les routes. L'enclave était étouffée lentement. En juillet 1995, les Serbes décidèrent d'en finir. Le général Mladić lança l'assaut. Les Néerlandais demandèrent un appui aérien de l'OTAN. Refusé. Demandèrent des renforts. Refusé. Le 11 juillet, Mladić entra dans Srebrenica. Il déclara aux caméras : « Nous offrons cette ville au peuple serbe. Le temps de la vengeance est venu. » Les Néerlandais n'avaient pas tiré un seul coup de feu.
💔 La Séparation
Dès l'entrée des Serbes, la terreur commença. Les soldats serbes séparèrent les hommes des femmes. « Les femmes et les enfants peuvent partir. Les hommes... restent pour être interrogés. » Les mères serraient leurs fils. Les épouses leurs maris. Les soldats arrachaient les garçons dès 13 ans des bras de leurs mères. « Toi, tu viens. Tu es un homme maintenant. » Des familles entières furent brisées en quelques minutes. Les femmes et les enfants furent chargés dans des bus et déportés vers le territoire contrôlé par les Bosniaques. Beaucoup de femmes furent violées dans les bus. Certaines se suicidèrent. Les hommes... furent emmenés dans une autre direction. Vers la mort.
« Nous offrons cette ville au peuple serbe. Le temps est venu de se venger des Turcs. »
⚰️ Les Exécutions
Les hommes et les garçons furent emmenés par camions. Conduits dans des forêts isolées. Des entrepôts désaffectés. Des champs. Là, les soldats serbes les alignaient par groupes de 10 ou 20. Leur ordonnaient de se déshabiller. Puis ouvraient le feu. À la mitrailleuse. Au fusil d'assaut. Des grenades étaient parfois jetées dans les fosses pour achever les blessés. Les exécutions durèrent 5 jours. Du 13 au 17 juillet 1995. Certains prisonniers furent forcés de creuser leurs propres tombes avant d'être tués. D'autres furent brûlés vifs dans des granges. Après les tueries, les Serbes revinrent avec des bulldozers. Ils rouvrirent les fosses communes. Mélangèrent les corps. Les transportèrent vers des fosses secondaires et tertiaires. Pour effacer les preuves. Ce n'est que des années plus tard, grâce à l'ADN, que la plupart des victimes purent être identifiées.
L'Identification : Les Serbes ont déplacé les corps 2 à 3 fois avec des bulldozers. Les squelettes étaient brisés, mélangés. L'identification par ADN a pris des décennies. Aujourd'hui encore, des ossements sont retrouvés.
🇳🇱 La Honte des Pays-Bas
Le rôle des Casques bleus néerlandais reste une tache indélébile sur l'honneur des Pays-Bas. 600 soldats, armés, ont assisté au massacre sans intervenir. Le 13 juillet, les soldats néerlandais ont même été filmés en train de boire et de danser avec les soldats serbes. Le gouvernement néerlandais a longtemps nié toute responsabilité. En 2019, la Cour suprême des Pays-Bas a reconnu la « responsabilité partielle » de l'État néerlandais pour la mort de 350 hommes qui s'étaient réfugiés dans le camp de Dutchbat à Potočari. Les Néerlandais les avaient expulsés du camp, les livrant ainsi aux Serbes. En 2022, le gouvernement néerlandais a présenté ses excuses officielles aux victimes. 27 ans après. Trop tard pour les morts.
⚖️ Justice
Ratko Mladić, le « Boucher des Balkans », a été arrêté en 2011 (après 16 ans de cavale). Condamné à la perpétuité en 2017 par le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Radovan Karadžić, le leader politique des Serbes de Bosnie, a été arrêté en 2008 (déguisé en guérisseur, avec une énorme barbe blanche). Condamné à perpétuité en 2019. Le TPIY et la Cour Internationale de Justice ont tous deux qualifié Srebrenica de « génocide ». C'est le seul génocide reconnu judiciairement en Europe depuis la Shoah. Chaque année, le 11 juillet, des milliers de Bosniaques se rassemblent au mémorial de Potočari. On enterre les ossements nouvellement identifiés. Des familles entières reposent enfin ensemble. La terre de Srebrenica continue de rendre ses morts.