Dans la nuit du 29 au 30 décembre 1916, le prince Félix Youssoupov, vingt-neuf ans, l'un des hommes les plus riches de Russie, accueillit un invité au palais de la Moïka, à Petrograd. Grigori Raspoutine, quarante-sept ans, le moine guérisseur de la tsarine Alexandra, arriva en manteau de fourrure. Il but du vin empoisonné au cyanure. Il mangea des gâteaux empoisonnés au cyanure. Rien. Youssoupov, paniqué, sortit un revolver et lui tira une balle dans la poitrine. Raspoutine s'effondra. Le prince et ses complices partirent célébrer. Quand Youssoupov redescendit vérifier le corps, Raspoutine ouvrit les yeux, se releva, et tenta de l'étrangler. Le prince s'enfuit en hurlant. Raspoutine, agonisant, sortit dans la cour enneigée. Un autre conjuré, le député Pourichkevitch, lui tira deux balles — une dans le dos, une dans la tête. Raspoutine tomba. On le crut mort. Pour être sûrs, les conjurés l'enveloppèrent dans un tapis et le jetèrent dans la Neva gelée. Quand son corps fut repêché trois jours plus tard, les médecins découvrirent qu'il était mort… noyé. Raspoutine, malgré le poison, les balles et le froid, respirait encore quand il toucha l'eau glacée.
Résumé : Grigori Efimovitch Raspoutine (1869–1916) était un mystique et guérisseur russe qui exerça une influence considérable sur le tsar Nicolas II et surtout sur la tsarine Alexandra. Il soulageait les crises d'hémophilie du tsarévitch Alexis. Mais ses débauches, ses manipulations politiques et sa mainmise sur la cour impériale lui valurent la haine de l'aristocratie. Le 30 décembre 1916, il fut assassiné par le prince Youssoupov, le grand-duc Dimitri Pavlovitch et le député Pourichkevitch. Empoisonné au cyanure, abattu de quatre balles, roué de coups, il fut jeté dans la Neva où il se noya. Sa mort, loin de sauver la monarchie, précipita sa chute : deux mois plus tard, la révolution de Février 1917 renversait le tsar.
🧔 Le Moine Débauché
Qui était vraiment Raspoutine ? Un saint ou un démon ? Un mystique ou un charlatan ? Né en Sibérie en 1869 dans une famille de paysans, il se convertit à une secte mystique, voyagea jusqu'en Terre sainte, et acquit une réputation de « starets » — un saint homme doué de pouvoirs de guérison. En 1905, il fut présenté à la famille impériale. Le petit tsarévitch Alexis souffrait d'hémophilie, une maladie héréditaire qui provoquait des hémorragies incontrôlables. Raspoutine, par sa seule présence, par ses prières, par hypnose peut-être, parvenait à calmer les crises et à arrêter les saignements. La tsarine Alexandra, désespérée, lui voua une confiance absolue. « Sans lui, je ne peux rien faire », écrivait-elle à son mari. Raspoutine devint le personnage le plus puissant de la cour. Il fit et défit les ministres, accorda des faveurs, accumula les scandales. Ses nuits de débauche dans les cabarets de Petrograd étaient légendaires. « Raspoutine » signifie « débauché » en russe — un sobriquet qui lui colla à la peau.
🍷 Le Poison Qui Ne Marcha Pas
Le prince Youssoupov, jeune dandy raffiné, décida d'assassiner Raspoutine pour sauver la monarchie. Avec ses complices, il prépara un piège : il invita Raspoutine au palais de la Moïka, lui promettant de lui présenter sa femme Irina (la plus belle femme de Russie). Au sous-sol, dans une cave voûtée, Youssoupov avait préparé un buffet : vin de Madère, gâteaux. Le tout, imbibé de cyanure de potassium. Selon son récit, Raspoutine but deux verres de vin empoisonné et mangea trois gâteaux. Rien. Le cyanure ne l'affecta pas. Certains historiens pensent que Youssoupov mentit et n'avait pas vraiment empoisonné les aliments. Selon l'autopsie, aucune trace de poison ne fut trouvée dans l'estomac de Raspoutine. Mais le mythe de « l'homme que le poison ne pouvait tuer » était né.
« Quand je le vis boire le poison sans broncher, je fus pris d'une terreur glacée. Cet homme n'était pas humain. »
🔫 Les Balles et la Fuite
Youssoupov, désemparé, monta chercher un revolver. Il redescendit et tira une balle dans la poitrine de Raspoutine. Le moine s'effondra. Le prince et ses complices remontèrent pour fêter la victoire. Une heure plus tard, Youssoupov redescendit « vérifier » le corps. Soudain, Raspoutine ouvrit les yeux. Il se releva et attrapa le prince à la gorge en hurlant : « Félix ! Félix ! Je vais tout dire à la tsarine ! » Youssoupov, terrifié, se dégagea et courut chercher de l'aide. Raspoutine, rampant, sortit dans la cour enneigée. Pourichkevitch arriva en courant, revolver à la main. Il tira deux balles. La première manqua. La seconde atteignit Raspoutine au dos. Une troisième, dans la tête. Le moine tomba, définitivement cette fois. On lui fracassa le crâne à coups de crosse. Les conjurés enveloppèrent le corps dans un tapis et le jetèrent dans un trou creusé dans la glace de la Neva.
Mort par Noyade
« Quand le corps de Raspoutine fut repêché trois jours plus tard, l'autopsie révéla une découverte stupéfiante : de l'eau dans les poumons. Raspoutine était mort noyé. Malgré le cyanure (ou pas), les quatre balles et les coups de crosse, il respirait encore quand il fut jeté sous la glace. Ses mains, retrouvées dégagées du tapis, montraient qu'il avait tenté de gratter la glace pour s'en sortir. »
📖 L'Héritage
La tsarine Alexandra fut anéantie. Elle fit enterrer Raspoutine à Tsarskoïe Selo. Mais la mort du moine ne sauva pas la monarchie, bien au contraire. Elle priva la tsarine de son seul réconfort, accentua son isolement, et accéléra la déliquescence du régime. Deux mois après le meurtre, la révolution de Février 1917 renversait Nicolas II. Le prince Youssoupov fut exilé. Il vécut à Paris, où il écrivit ses mémoires et intenta — avec succès — un procès contre la MGM pour le film « Raspoutine et l'Impératrice » (1932), qui suggérait que son épouse Irina avait été la maîtresse du moine. Il mourut en 1967. Raspoutine, lui, entra dans la légende. Sa vie et sa mort ont inspiré des dizaines de livres, films, chansons. L'homme que rien ne pouvait tuer devint immortel.
🤔 Questions Fréquemment Posées
1) Raspoutine a-t-il vraiment été empoisonné ? L'autopsie ne trouva aucune trace de cyanure. Youssoupov a peut-être menti. Le poison n'était peut-être pas efficace.
2) Avait-il vraiment des pouvoirs de guérison ? Il calmait le tsarévitch Alexis, probablement par hypnose ou en interdisant l'aspirine (anticoagulant aggravant l'hémophilie).
3) Qui étaient les conjurés ? Le prince Youssoupov, le grand-duc Dimitri Pavlovitch (cousin du tsar), le député Pourichkevitch et le docteur Lazovert.
4) Que devint Youssoupov ? Il vécut en exil à Paris jusqu'à sa mort en 1967.
5) Raspoutine avait-il une emprise sur la tsarine ? Une emprise psychologique due à sa capacité à soulager son fils. Il fut aussi accusé de diriger le gouvernement via Alexandra.