En 1975, après quatorze ans de guerre de libération contre le Portugal, l'Angola accédait enfin à l'indépendance. Mais au lieu de la paix, le pays plongea dans une guerre civile dévastatrice qui allait durer vingt-sept ans. Trois mouvements de libération — le MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l'Angola), d'obédience marxiste et soutenu par l'URSS et Cuba ; le FNLA (Front National de Libération de l'Angola), pro-occidental ; et l'UNITA (Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola), dirigée par Jonas Savimbi et soutenue par les États-Unis et l'Afrique du Sud de l'Apartheid — se disputèrent le pouvoir. La guerre froide transforma l'Angola en champ de bataille par procuration entre l'Est et l'Ouest. Les troupes cubaines (jusqu'à 50 000 hommes) combattirent aux côtés du MPLA, tandis que l'armée sud-africaine soutenait l'UNITA. La guerre civile angolaise tua plus de 500 000 personnes et déplaça des millions de civils avant de s'achever en 2002, après la mort de Jonas Savimbi. Aujourd'hui, l'Angola, dirigé par le MPLA depuis l'indépendance, est l'un des premiers producteurs de pétrole d'Afrique — mais les cicatrices de ces décennies de guerre restent profondes.
L'Angola en chiffres : Colonie portugaise depuis le XVe siècle. Guerre d'indépendance : 1961-1975. Indépendance : 11 novembre 1975. Guerre civile : 1975-2002 (27 ans). Morts : 500 000 à 800 000. Déplacés : 4 millions. Superficie : 1,25 million km² (deux fois la France). Population : 33 millions (2023). Capitale : Luanda.
📜 Les Trois Mouvements de Libération
La lutte pour l'indépendance angolaise fut compliquée par les divisions ethniques, idéologiques et personnelles entre les trois mouvements. Le MPLA, fondé en 1956 par Agostinho Neto, un poète et médecin formé au Portugal, était principalement soutenu par les Mbundus (ethnie du centre-nord) et les métis de Luanda. Idéologiquement marxiste-léniniste, il bénéficia du soutien militaire de l'URSS et de Cuba. Le FNLA, fondé par Holden Roberto, était basé au Congo-Léopoldville (futur Zaïre) et recrutait surtout parmi les Bakongos du nord. L'UNITA, dirigée par le charismatique Jonas Savimbi, s'appuyait sur les Ovimbundus du centre-sud. Ces trois mouvements combattirent d'abord le Portugal, puis se retournèrent les uns contre les autres.
🇨🇺 L'Intervention Cubaine
En novembre 1975, alors que l'indépendance était imminente, l'Afrique du Sud de l'Apartheid envahit l'Angola depuis le sud-ouest africain (Namibie) pour soutenir l'UNITA et empêcher le MPLA de prendre le pouvoir. Fidel Castro répondit en lançant l'Opération Carlota — le plus grand déploiement militaire cubain à l'étranger. En quelques mois, 36 000 soldats cubains débarquèrent en Angola, avec des chars T-55, des Mig-21 et des instructeurs soviétiques. Ils repoussèrent l'armée sud-africaine à la bataille de Cuito Cuanavale (1987-1988), l'une des plus grandes batailles d'Afrique depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette victoire cubaine força l'Afrique du Sud à se retirer et accéléra la chute de l'Apartheid. Au total, 430 000 Cubains servirent en Angola entre 1975 et 1991. Plus de 2 000 y laissèrent la vie.
Le Pétrole et les Diamants : La Guerre des Ressources
La guerre civile angolaise fut aussi une guerre économique. Le MPLA contrôlait les régions pétrolières offshore (Cabinda), tandis que l'UNITA finançait sa guerre grâce aux diamants du nord-est. « Le pétrole contre les diamants », résumaient les analystes. Les compagnies occidentales (Chevron, Total, BP) continuaient à extraire le pétrole angolais, tandis que l'UNITA vendait des diamants de contrebande via le Zaïre et la Belgique. Cette économie de guerre permit aux deux camps de s'armer indéfiniment.
💀 La Fin de la Guerre Civile
En 1991, un accord de paix fut signé à Bicesse (Portugal), prévoyant des élections libres. Le MPLA remporta le scrutin en 1992, mais Savimbi refusa le résultat et relança la guerre. Le conflit reprit de plus belle jusqu'en 1994 (protocole de Lusaka), puis de nouveau jusqu'à la mort de Savimbi, tué dans une embuscade le 22 février 2002. Six semaines plus tard, l'UNITA signait un cessez-le-feu. La guerre civile angolaise était terminée.
« La lutte continue. La victoire est certaine. »
L'Angola Aujourd'hui : Le pays est l'un des premiers producteurs de pétrole d'Afrique subsaharienne. Le MPLA, au pouvoir depuis 1975, a abandonné le marxisme pour le pragmatisme économique. Mais les inégalités restent criantes, et la corruption est endémique. Luanda, la capitale, est l'une des villes les plus chères du monde.