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🦁 Omar Mokhtar

Le Lion du Désert qui Défia l'Empire Italien

Le 16 septembre 1931, à Suluq, en Libye, un vieillard de 73 ans fut pendu devant 20 000 personnes rassemblées de force par les soldats italiens. Il portait des chaînes aux poignets et marchait la tête haute. Avant que la trappe ne s'ouvre, il récita la Fatiha — le premier chapitre du Coran — et sourit à ses bourreaux. Cet homme s'appelait Omar al-Mokhtar. Pendant vingt ans, ce simple professeur du Coran, monté sur un cheval blanc, avait tenu tête à l'armée italienne de Mussolini. « Le Lion du Désert », comme l'appelaient ses partisans, incarnait l'âme de la résistance libyenne. Sa mort fit de lui un martyr et un symbole pour tout le monde arabe.

Résumé : Omar al-Mokhtar (1858-1931) fut un enseignant coranique et un chef de la confrérie Senoussi. Il mena la résistance libyenne contre l'invasion italienne (1911-1931). Pendant vingt ans, il harcela l'armée coloniale italienne dans le désert de Cyrénaïque. Capturé en 1931 lors d'une embuscade, il fut jugé sommairement et pendu. Sa lutte inspira les mouvements anticoloniaux dans tout le monde arabe.

📖 Le Professeur qui Devint Guerrier

Omar al-Mokhtar naquit en 1858 dans le village de Zawiyat Janzur, dans l'est de la Cyrénaïque (actuelle Libye). Orphelin très jeune, il fut recueilli par la confrérie Senoussi, un ordre soufi fondé par Muhammad ibn Ali al-Sanoussi, qui prêchait un islam purifié et la résistance à la domination étrangère. Mokhtar étudia à l'université de Jaghbub, une oasis perdue dans le désert, où il apprit le Coran, le fiqh (jurisprudence), l'arabe et l'équitation. Il devint professeur et prédicateur, parcourant les villages de Cyrénaïque pour enseigner les enfants et résoudre les conflits tribaux. Rien ne le prédestinait à la guerre. Mais en octobre 1911, tout bascula.

Le 29 septembre 1911, l'Italie déclara la guerre à l'Empire ottoman et débarqua en Tripolitaine et en Cyrénaïque. Les Italiens, qui ambitionnaient de reconstituer l'Empire romain, trouvèrent face à eux une population bédouine déterminée. Omar Mokhtar, fidèle à son serment de défendre la terre musulmane, prit les armes. Il avait 53 ans. Il allait passer les vingt dernières années de sa vie à cheval, un Coran dans une main, un fusil dans l'autre.

« Nous ne nous rendrons jamais. Nous vaincrons ou nous mourrons. »

— Omar al-Mokhtar à ses hommes, 1929
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🏜️ La Guérilla du Désert : 20 Ans de Résistance

La tactique de Mokhtar était celle d'un maître de la guérilla. Il connaissait chaque dune, chaque oasis, chaque ravin du désert de Cyrénaïque. Ses hommes — les moudjahidines — se déplaçaient sur des chevaux et des chameaux, frappaient les convois italiens, coupaient les lignes de ravitaillement, puis disparaissaient dans les sables. Ils enlevaient des officiers, libéraient des prisonniers, incendiaient des dépôts de munitions. Les troupes italiennes, équipées d'artillerie lourde, de chars et d'avions, ne parvenaient pas à attraper ce fantôme du désert.

Mussolini, qui prit le pouvoir à Rome en 1922, était obsédé par la Libye. Il envoya des renforts massifs et nomma le général Rodolfo Graziani, surnommé « le Boucher de la Cyrénaïque », pour écraser la résistance. Graziani employa des méthodes d'une brutalité inouïe : villages rasés, populations déportées dans des camps de concentration, puits empoisonnés, troupeaux abattus. Entre 1928 et 1932, près de 100 000 Libyens furent enfermés dans des camps de la mort, où ils mouraient de faim, de soif et de typhus. Une clôture de barbelés de 270 km de long fut érigée le long de la frontière égyptienne pour empêcher les résistants d'être ravitaillés. Mais Mokhtar continuait.

Le Cheval Blanc : Omar Mokhtar montait toujours un cheval blanc au combat, afin que ses hommes puissent le reconnaître de loin. Cette monture devint le symbole de la résistance libyenne. On raconte que les soldats italiens croyaient qu'il était protégé par une baraka (bénédiction divine).

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⛓️ La Capture et le Martyre

Le 11 septembre 1931, Omar Mokhtar tomba dans une embuscade près du village de Slonta. Son cheval fut abattu sous lui. Blessé, il fut capturé par l'armée italienne. Le général Graziani, qui avait passé des années à le traquer, ne pouvait contenir sa joie. Il interrogea lui-même le vieux guerrier. « Pourquoi as-tu combattu si longtemps ? » demanda Graziani. Mokhtar répondit calmement : « Parce que c'était mon devoir envers Dieu et envers ma patrie. » Un tribunal militaire expéditif le condamna à mort. Graziani décida que l'exécution serait publique, « pour servir de leçon ».

Le 16 septembre 1931, 20 000 Libyens furent rassemblés de force dans le camp de concentration de Suluq. Des avions italiens survolaient la foule pour intimider les témoins. Omar Mokhtar marcha jusqu'à la potence, les mains liées, la tête haute. Il récita la Fatiha — « Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux » — puis se tourna vers la foule et dit : « Ne pleurez pas. Soyez fiers. » La trappe s'ouvrit. Le vieux lion s'éteignit.

📝 L'Héritage du Lion du Désert

La mort d'Omar Mokhtar provoqua une onde de choc dans tout le monde arabe et musulman. Des poèmes furent écrits, des chansons composées. En 1981, le réalisateur syrien Moustapha Akkad immortalisa son histoire dans le film Le Lion du Désert, avec Anthony Quinn dans le rôle-titre. Aujourd'hui, le visage d'Omar Mokhtar orne le billet de 10 dinars libyens. Son nom est donné à des rues, des écoles, des universités dans tout le monde arabe. Il est le symbole de la dignité face à l'oppression, la preuve qu'un vieil homme armé de foi et de courage peut défier un empire.

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