Le 13 septembre 1993, sur la pelouse de la Maison-Blanche, deux hommes que tout opposait se serrèrent la main. Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien, ancien chef d'état-major de Tsahal, l'homme qui avait conquis la Cisjordanie en 1967. Yasser Arafat, le président de l'OLP, l'ennemi juré d'Israël, le chef de la résistance palestinienne. Entre eux, le président Bill Clinton, rayonnant, les bras ouverts comme pour bénir la scène. Cette poignée de main scellait les Accords d'Oslo — le premier accord direct entre Israël et les Palestiniens, après des mois de négociations secrètes en Norvège. Israël reconnaissait l'OLP comme représentant du peuple palestinien. L'OLP reconnaissait le droit d'Israël à exister. Une Autorité palestinienne autonome serait créée à Gaza et Jéricho. Les deux peuples semblaient ouvrir la porte à la paix. Mais trente ans plus tard, les Accords d'Oslo sont en ruines — et la poignée de main de 1993 reste un souvenir amer de ce qui aurait pu être.
Résumé : Les Accords d'Oslo furent signés à Washington le 13 septembre 1993 par Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, sous l'égide du président Bill Clinton. Ils étaient le fruit de négociations secrètes menées à Oslo, en Norvège, entre des émissaires israéliens et palestiniens (1992-1993). Les accords prévoyaient : la reconnaissance mutuelle d'Israël et de l'OLP ; la création d'une Autorité palestinienne intérimaire pour une période de 5 ans ; le retrait israélien de Gaza et de Jéricho ; la division de la Cisjordanie en zones A (contrôle palestinien), B (contrôle civil palestinien, sécurité israélienne) et C (contrôle israélien). Les questions les plus sensibles (Jérusalem, les réfugiés, les colonies, les frontières définitives) étaient reportées aux négociations sur le statut final — qui ne devaient jamais aboutir. L'assassinat de Rabin par un extrémiste juif en 1995, la poursuite de la colonisation israélienne, les attentats palestiniens, et l'absence de volonté politique des deux côtés enterrèrent progressivement le processus de paix.
🇳🇴 Le Secret d'Oslo
Les négociations qui menèrent à Oslo étaient totalement secrètes — et techniquement illégales. La loi israélienne interdisait tout contact avec l'OLP, considérée comme organisation terroriste. Les Palestiniens n'avaient pas le droit de négocier avec « l'ennemi sioniste ». Pourtant, dans un manoir isolé près d'Oslo, sous la médiation du ministre norvégien des Affaires étrangères Johan Jørgen Holst, des universitaires israéliens menés par Yossi Beilin et des représentants de l'OLP menés par Mahmoud Abbas (futur président de l'Autorité palestinienne) se rencontrèrent pendant des mois. Le secret fut si bien gardé que même les services de renseignement israéliens et américains n'en eurent connaissance que tardivement. Quand Rabin et Arafat acceptèrent le texte final, le monde fut stupéfait. L'accord semblait impossible — et pourtant, il était là.
🤝 La Poignée de Main
La cérémonie de signature à la Maison-Blanche fut soigneusement chorégraphiée. Rabin, un homme réservé, peu démonstratif, hésita avant de tendre la main à Arafat — l'homme qu'il avait toujours considéré comme un terroriste. Clinton, souriant, les encouragea doucement. La poignée de main dura quelques secondes, mais elle fit le tour du monde. Des millions de personnes, des deux côtés, retinrent leur souffle. Pour les optimistes, c'était la fin de cent ans de conflit. Pour les pessimistes, c'était une illusion qui ne survivrait pas à la réalité du terrain. Rabin, dans son discours, déclara : « Assez de sang, assez de larmes. » Arafat parla de « la paix des braves ». Clinton les compara à Sadate et Begin.
« Assez de sang, assez de larmes. Nous qui avons combattu contre vous, les Palestiniens, nous vous disons aujourd'hui d'une voix forte et claire : assez de sang, assez de larmes. »
⏳ L'Enlisement
Les Accords d'Oslo reposaient sur un pari : la confiance se construirait progressivement. Mais le processus fut saboté dès le début. Côté israélien, les extrémistes religieux et nationalistes dénoncèrent Rabin comme un « traître ». Le 4 novembre 1995, Yigal Amir, un étudiant juif extrémiste, assassina Rabin lors d'un rassemblement pour la paix à Tel-Aviv. La paix perdit son principal artisan côté israélien. Côté palestinien, le Hamas et le Djihad islamique rejetèrent Oslo et intensifièrent les attentats-suicides contre des civils israéliens (bus, cafés, centres commerciaux) pour faire dérailler le processus. La colonisation israélienne en Cisjordanie, loin de s'arrêter, s'accéléra — doublant le nombre de colons entre 1993 et 2000. Le sommet de Camp David (2000), convoqué par Clinton pour régler les questions du statut final entre Ehud Barak et Yasser Arafat, échoua sur le partage de Jérusalem et la question des réfugiés. La seconde Intifada éclata en septembre 2000. Le processus de paix était mort.
L'Assassinat de Rabin
« Le 4 novembre 1995, place des Rois d'Israël à Tel-Aviv, Yitzhak Rabin participait à un rassemblement pour la paix. Il chantait 'Shir LaShalom' (Chant pour la Paix) avec la foule. En sortant, il fut abattu de deux balles dans le dos par Yigal Amir. Il mourut sur la table d'opération. La paix israélo-palestinienne ne s'en remit jamais. »
📖 L'Héritage
Trente ans après, les Accords d'Oslo sont un cadavre politique. L'Autorité palestinienne, créée comme administration provisoire, est toujours là — mais elle contrôle moins de 18 % de la Cisjordanie (zones A et B). La colonisation israélienne a rendu le territoire palestinien morcelé, dépendant, et de plus en plus difficile à viabiliser comme État souverain. Le Hamas, qui rejeta Oslo dès le début, contrôle Gaza depuis 2007. Les attentats et les guerres (2008-2009, 2012, 2014, 2021, 2023) ont rythmé les années. Certains historiens considèrent Oslo comme une erreur fondamentale — un accord qui promettait trop, créait des attentes impossibles, et renforçait les extrémistes des deux camps. D'autres y voient la seule chance réelle de paix, sabotée par l'assassinat de Rabin et l'incapacité des successeurs à conclure. Ce qui est certain, c'est que la poignée de main de 1993 n'a pas apporté la paix. Elle a ouvert une fenêtre. Et cette fenêtre s'est refermée.
🤔 Questions Fréquemment Posées
1) Pourquoi les négociations ont-elles eu lieu en Norvège ? La Norvège offrait un cadre discret et neutre. Les négociations officielles à Washington étaient dans l'impasse.
2) Que sont les zones A, B et C ? La zone A (18 % de la Cisjordanie) est sous contrôle civil et sécuritaire palestinien. La zone B (22 %) sous contrôle civil palestinien et sécurité israélienne. La zone C (60 %) sous contrôle total israélien.
3) Pourquoi les Accords d'Oslo ont-ils échoué ? Multiples raisons : assassinat de Rabin, poursuite de la colonisation, attentats palestiniens, absence de volonté politique des successeurs, et désaccords insurmontables sur Jérusalem et les réfugiés.
4) L'Autorité palestinienne a-t-elle encore un rôle ? Oui, elle gouverne les zones A et B de Cisjordanie. Elle est critiquée pour sa corruption, sa coopération sécuritaire avec Israël, et son absence de légitimité démocratique (pas d'élections depuis 2006).
5) Oslo a-t-il été une erreur ? Débat ouvert. Pour certains, l'accord était déséquilibré et voué à l'échec. Pour d'autres, il fut la meilleure chance de paix, sabotée par les extrémistes des deux camps.