Le 5 juin 1967, à 7 h 45 du matin, l'aviation israélienne décolla de ses bases. En moins de trois heures, elle détruisit au sol la quasi-totalité de l'aviation égyptienne — plus de 300 appareils. Ce fut le prélude à une guerre éclair qui, en six jours, allait transformer le Moyen-Orient. Israël écrasa les armées de l'Égypte, de la Syrie et de la Jordanie, conquérant le Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan. La Guerre des Six Jours fut un triomphe militaire sans précédent. Mais elle créa aussi les problèmes qui hantent la région jusqu'à aujourd'hui : l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza, la colonisation, la question de Jérusalem, et la défaite arabe connue sous le nom de « Naksa » — le revers.
Résumé : La Guerre des Six Jours (5–10 juin 1967) opposa Israël à une coalition de pays arabes menée par l'Égypte, la Syrie et la Jordanie. Les tensions étaient montées tout le printemps : Nasser avait expulsé les Casques bleus de l'ONU du Sinaï et bloqué le détroit de Tiran, asphyxiant le port israélien d'Eilat. Le 5 juin, Israël lança une attaque préventive dévastatrice qui anéantit les forces aériennes égyptienne, syrienne et jordanienne en quelques heures. Privées de couverture aérienne, les armées arabes furent défaites en six jours. Israël conquit la péninsule du Sinaï et Gaza (sur l'Égypte), la Cisjordanie et Jérusalem-Est (sur la Jordanie), et le plateau du Golan (sur la Syrie). Le bilan humain fut lourd : environ 20 000 morts arabes, 800 morts israéliens. La guerre se solda par un cessez-le-feu imposé par l'ONU. La victoire israélienne fut totale, mais la question des territoires occupés allait dominer la politique régionale pour les décennies à venir.
⏳ La Montée des Tensions
Au printemps 1967, le Moyen-Orient était une poudrière. L'Égypte de Nasser, humiliée par la crise de Suez mais renforcée politiquement, se posait en leader du monde arabe. La Syrie baasiste, radicale, soutenait les fedayins palestiniens dans des raids contre Israël. Les incidents de frontière se multipliaient. L'Union soviétique, cherchant à accroître son influence, fournit à Damas et au Caire des renseignements — faux, comme on le sut plus tard — sur une prétendue concentration de troupes israéliennes à la frontière syrienne. Nasser, poussé par sa rhétorique panarabe, réagit par une escalade spectaculaire. Le 16 mai, il exigea le retrait des Casques bleus de l'ONU postés dans le Sinaï depuis 1956. Le 22 mai, il annonça le blocus du détroit de Tiran, fermant l'accès d'Israël à la mer Rouge. Le 30 mai, la Jordanie du roi Hussein signa un pacte de défense mutuelle avec l'Égypte — une décision qu'Hussein regretterait amèrement. L'étau se resserrait autour d'Israël. Le 1er juin, le Premier ministre israélien Levi Eshkol forma un gouvernement d'union nationale, intégrant l'opposant Menahem Begin et nommant Moshe Dayan au ministère de la Défense.
✈️ 5 Juin : Opération Focus
L'opération « Focus » (Moked) fut l'un des coups de maître de l'histoire militaire. À 7 h 45, presque tous les avions de combat israéliens — Mirage, Mystère, Ouragan — décollèrent simultanément. Volant à basse altitude pour échapper aux radars, ils arrivèrent au-dessus des bases égyptiennes au moment précis où les pilotes égyptiens prenaient leur petit-déjeuner. En 170 minutes, 300 des 340 avions égyptiens furent détruits au sol. À midi, les aéroports syriens et jordaniens subirent le même sort. En une seule journée, Israël acquit la maîtrise totale du ciel. Sans couverture aérienne, les armées arabes étaient paralysées. Leur aviation — fournie par l'URSS — était réduite à néant.
🕌 Jérusalem : La Vieille Ville Conquise
Le 7 juin, après des combats acharnés, les parachutistes israéliens percèrent les défenses jordaniennes et pénétrèrent dans la Vieille Ville de Jérusalem. Le commandant de la brigade, le colonel Motta Gur, prononça les mots qui deviendraient légendaires : « Le Mont du Temple est entre nos mains. » Les soldats israéliens se ruèrent vers le Mur des Lamentations — le dernier vestige du Temple de Salomon, le lieu le plus saint du judaïsme. Beaucoup pleuraient. Le rabbin militaire Shlomo Goren sonna du shofar. Pour la première fois depuis deux mille ans, Jérusalem était sous contrôle juif. La portée symbolique de cette conquête était immense. Elle réveilla le messianisme religieux en Israël et rendit tout compromis futur sur Jérusalem extrêmement difficile.
« Le Mont du Temple est entre nos mains. Je répète : le Mont du Temple est entre nos mains. »
🏔️ Le Golan : La Dernière Conquête
Après avoir écrasé l'Égypte (Sinaï et Gaza) et la Jordanie (Cisjordanie), Israël se tourna vers la Syrie. Le plateau du Golan, qui dominait la Galilée, était une menace permanente : les Syriens bombardaient régulièrement les kibboutz en contrebas. Le 9 juin, Moshe Dayan, d'abord réticent, donna l'ordre d'attaquer. Les soldats israéliens gravirent les pentes abruptes du Golan sous le feu syrien. Les combats furent violents — certains des plus durs de la guerre. Le 10 juin, la ligne de défense syrienne céda. Israël occupa le plateau du Golan, avançant jusqu'à 60 km de Damas. Le cessez-le-feu entra en vigueur le même jour. La guerre était finie.
Les Territoires Occupés
« En six jours, Israël tripla la superficie sous son contrôle. Il occupait désormais : le Sinaï (sur l'Égypte), la bande de Gaza (sur l'Égypte), la Cisjordanie et Jérusalem-Est (sur la Jordanie), et le plateau du Golan (sur la Syrie). Plus d'un million de Palestiniens passèrent sous occupation israélienne. La colonisation des territoires conquis, en particulier la Cisjordanie, commença presque immédiatement. La Guerre des Six Jours créa les conditions du conflit israélo-palestinien tel qu'il existe aujourd'hui. »
📖 L'Héritage
La Guerre des Six Jours changea tout. Pour Israël, ce fut le sommet de la puissance militaire — un triomphe qui semblait confirmer la protection divine. Mais la victoire apporta aussi son poison : l'occupation de territoires densément peuplés, la gestion de populations hostiles, et un débat interne déchirant entre partisans et opposants à la colonisation. Pour le monde arabe, ce fut l'humiliation suprême. Le nassérisme, déjà affaibli, en sortit brisé. Nasser proposa sa démission (refusée par des manifestations populaires massives) et mourut trois ans plus tard. La défaite arabe radicalisa les mouvements palestiniens : l'OLP de Yasser Arafat prit son indépendance vis-à-vis des États arabes et lança une vague d'attentats. La résolution 242 de l'ONU (novembre 1967) établit le principe de « la terre contre la paix » — principe qui servirait de base aux négociations de paix pendant des décennies. Mais en 1967, la paix semblait plus lointaine que jamais. Six jours de guerre avaient ouvert une ère de conflit qui, aujourd'hui encore, n'est pas refermée.
🤔 Questions Fréquemment Posées
1) Pourquoi Israël a-t-il gagné si vite ? La destruction de l'aviation arabe au sol, la supériorité de l'entraînement et de la coordination israélienne, et les divisions entre les commandements arabes furent décisifs.
2) Pourquoi la Jordanie est-elle entrée en guerre ? Le roi Hussein, poussé par son opinion publique et lié par son pacte avec Nasser, attaqua Israël le 5 juin. Il perdit la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
3) Israël a-t-il conservé les territoires conquis ? Le Sinaï fut restitué à l'Égypte après les accords de Camp David (1979). Gaza fut évacuée unilatéralement en 2005. La Cisjordanie et le Golan restent sous contrôle israélien à ce jour.
4) Qu'est-ce que la résolution 242 ? Adoptée par l'ONU en novembre 1967, elle appelle au retrait israélien des « territoires occupés » en échange de la paix. Son interprétation — tous les territoires ou une partie — reste contestée.
5) La Guerre des Six Jours a-t-elle résolu le conflit ? Non. Elle a créé de nouveaux problèmes (occupation, colonies, réfugiés) qui alimentent le conflit jusqu'à aujourd'hui.