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🇮🇷 La Révolution Iranienne (1979)

La Chute du Shah et le Retour de l'Ayatollah Khomeini

La révolution iranienne de 1979 fut l'un des événements les plus stupéfiants du XXe siècle. En un an, un soulèvement populaire massif — réunissant la gauche, les libéraux, les bazaris (marchands du bazar), les syndicats et les islamistes — renversa le Shah Mohammad Reza Pahlavi, l'un des monarques les plus puissants du monde, soutenu par les États-Unis et doté de la cinquième armée de la planète. Mais la révolution — qui promettait la démocratie et la liberté — accoucha d'un régime théocratique inédit : la République islamique d'Iran, dirigée par l'ayatollah Rouhollah Khomeini — un vieux clerc chiite exilé depuis 14 ans à Nadjaf puis à Paris. La révolution de 1979 changea le cours de l'histoire du Moyen-Orient : elle humilia les États-Unis (crise des otages de l'ambassade américaine, 1979-1981), exporta l'islamisme politique, et créa un modèle de résistance anti-occidentale qui inspire encore le Hezbollah, le Hamas et la Syrie de Bachar al-Assad.

Résumé : Janvier 1978 : manifestations à Qom contre la diffamation de Khomeini. La police tire (plusieurs morts). Cycle des « quarante jours ». Septembre 1978 (Vendredi noir) : massacre de la place Jaleh (des centaines de morts). Grèves générales paralysent l'Iran. Décembre 1978 : manifestations monstres de Moharram (Tasoua et Ashoura). 16 janvier 1979 : le Shah fuit l'Iran officiellement pour « vacances ». 1er février 1979 : Khomeini rentre triomphalement à Téhéran. 11 février 1979 : l'armée déclare sa neutralité. Victoire de la révolution. 1er avril 1979 : référendum créant la République islamique. 4 novembre 1979 : prise de l'ambassade américaine (crise des otages).

👑 Le Shah : Modernisation Forcée et Dictature

Mohammad Reza Pahlavi — le « Roi des Rois » (Shahanshah) — régnait sur l'Iran depuis 1941. Après un bref exil en 1953 (renversé par le Premier ministre Mossadegh, rétabli par un coup d'État anglo-américain), il avait imposé une modernisation autoritaire : la « Révolution blanche » (1963) — réforme agraire, alphabétisation, droit de vote des femmes. Mais cette modernisation, menée à coups de pétrodollars et de répression par la SAVAK (police secrète), aliéna tous les secteurs de la société : les religieux chiites (dépossédés de leurs terres, humiliés par la laïcisation), les bazaris (ruinés par la concurrence étrangère), les intellectuels (muselés), la gauche (réprimée). Le Shah — malgré ses fastes célébrés à Persépolis (1971, fête des 2500 ans de l'empire perse) — n'était plus qu'un souverain isolé, détesté, vivant dans un luxe délirant pendant que la population s'appauvrissait. L'opposition la plus radicale venait de l'ayatollah Khomeini — exilé en Irak — qui, par cassettes audio de contrebande, appelait au renversement de la monarchie.

« Le Shah doit partir. L'Iran doit devenir une république islamique. Ni un mot de plus, ni un mot de moins. »

— Ayatollah Khomeini, Paris, 1978

🔥 Vendredi Noir (8 Septembre 1978) : Le Massacre qui Fit Basculer l'Histoire

Le 8 septembre 1978 — le « Vendredi Noir » — fut le point de non-retour. Ce jour-là, la police et l'armée tirèrent sur une foule immense rassemblée place Jaleh à Téhéran. Le bilan est encore contesté : le régime admit 87 morts, l'opposition parla de 4 000. La réalité se situe probablement autour de 800 à 1 000 morts. Le Vendredi Noir brisa définitivement la légitimité du Shah. Désormais, tout compromis était impossible. Le slogan — « Mort au Shah ! » — devint universel. Les grèves s'étendirent à tous les secteurs : pétrole, transports, administration. Le pays fut paralysé. Le Shah — miné par un cancer (lymphome) qu'il tenait secret — perdit toute détermination. Les Américains — Jimmy Carter à la Maison Blanche — hésitèrent entre soutenir le Shah et préparer sa succession. Cette indécision fatale précipita la chute.

📻 Khomeini : La Révolution par Cassettes Audio

Khomeini — 76 ans, barbe blanche, turban noir — était l'opposant le plus intransigeant du Shah. Exilé en Irak (1964-1978), puis expulsé par Saddam Hussein, il s'installa à Neauphle-le-Château, près de Paris, en octobre 1978. De ce village français, il devint le centre du monde : les journalistes du monde entier firent le pèlerinage. Ses discours — enregistrés sur cassettes audio — étaient introduits clandestinement en Iran, dupliqués par milliers, et diffusés dans les mosquées et les bazars. Khomeini — malgré son âge — comprit le pouvoir des médias modernes. Il refusa tout compromis : « Le Shah doit partir. » Sa stratégie était géniale : unir toutes les oppositions sous un seul mot d'ordre — « À bas le Shah ! » — sans préciser ce qui viendrait après. Les marxistes croyaient combattre pour une révolution prolétarienne, les libéraux pour la démocratie, les bazaris pour leurs intérêts économiques. Tous se ralliaient — sans le savoir — à une révolution islamique.

Le Retour de Khomeini (1er Février 1979)

« Le 1er février 1979, l'ayatollah Khomeini atterrit à Téhéran à bord d'un Boeing 747 d'Air France. À l'aéroport, une foule de 3 à 5 millions de personnes l'attendait — une marée humaine sans précédent. Khomeini descendit de l'avion, serein, et prononça un discours historique : 'Je vais nommer un gouvernement par la volonté de ce peuple. Je vais frapper à la bouche ce gouvernement [celui de Bakhtiar, nommé par le Shah].' Le 11 février, l'armée — après deux jours de combats entre loyalistes et révolutionnaires — déclara sa neutralité. Le régime du Shah s'effondra définitivement. Le dernier Premier ministre, Shapour Bakhtiar, s'enfuit à l'étranger (il sera assassiné à Paris en 1991 par des agents de la République islamique). La révolution avait vaincu. »

🇺🇸 La Crise des Otages (4 Novembre 1979 – 20 Janvier 1981)

Le 4 novembre 1979, des étudiants islamistes — avec la bénédiction de Khomeini — prirent d'assaut l'ambassade américaine à Téhéran. 52 diplomates et employés américains furent retenus en otages pendant 444 jours. Cet acte — humiliation suprême pour les États-Unis — brisa définitivement les relations irano-américaines. Les images des otages aux yeux bandés, des manifestants brûlant le drapeau américain, firent le tour du monde. Une tentative de sauvetage militaire (Opération Eagle Claw, avril 1980) échoua tragiquement (8 soldats américains morts dans une tempête de sable). La crise des otages empoisonna la présidence de Jimmy Carter et assura l'élection de Ronald Reagan. Les otages ne furent libérés que le 20 janvier 1981 — après 444 jours de détention — le jour même de l'investiture de Reagan. L'Iran théocratique était né dans la confrontation avec « le Grand Satan » américain.

37 ans
Règne du Shah
~3 000
Morts (révolution)
444 jours
Crise des otages
1er Avr 1979
République islamique

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