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🕵️ Eli Cohen

L'Espion Israélien qui Infiltra le Gouvernement Syrien et Changea le Destin du Golan

Le 18 mai 1965, à l'aube, sur la place Marjeh à Damas, un homme fut pendu devant une foule immense. Son corps resta exposé pendant six heures, un écriteau autour du cou proclamant en arabe : « Eli Cohen, espion israélien. » Cet homme de quarante ans, juif égyptien d'origine, était devenu en quatre ans l'un des plus proches confidents de l'élite politique et militaire syrienne. Sous le nom de Kamel Amin Thabet, riche homme d'affaires syrien revenu d'Argentine, il fréquentait les généraux, les ministres, le président lui-même. Il visitait les fortifications du Golan, dînait avec les chefs d'état-major, et transmettait à Tel-Aviv des informations d'une valeur inestimable. Ses renseignements sur les positions syriennes dans le Golan furent décisifs pour la victoire éclair d'Israël lors de la guerre des Six Jours en 1967. Il fut démasqué grâce à une interférence radio — les Russes, alliés de la Syrie, interceptèrent ses transmissions. Condamné à mort pour espionnage, il refusa toute grâce. Son corps n'a jamais été restitué à Israël, malgré des décennies de demandes.

Qui était Eli Cohen ? Né en 1924 à Alexandrie, en Égypte, dans une famille juive syrienne, Eli Cohen parlait couramment l'arabe, le français, l'anglais et l'hébreu. Il émigra en Israël en 1957. Recruté par le Mossad en 1960, il fut formé pendant des mois. Sa couverture était celle d'un homme d'affaires syrien, Kamel Amin Thabet, revenu d'Argentine après y avoir fait fortune. Pour crédibiliser sa légende, le Mossad le fit vivre un an à Buenos Aires, où il se constitua un réseau dans la communauté syrienne. Puis il « rentra » à Damas en 1961.

🇸🇾 L'Infiltration de Damas

À Damas, Kamel Amin Thabet mena grand train. Il loua un appartement luxueux près du quartier général de l'armée syrienne, ouvrit un bureau d'import-export, et organisa des soirées fastueuses où il invitait l'élite militaire et politique du régime baasiste. Charismatique, généreux, il savait écouter et flatter. Très vite, les officiers syriens se confièrent à lui. Il fut invité à visiter les fortifications du Golan, où il suggéra ironiquement de planter des eucalyptus pour faire de l'ombre aux soldats. Quelques semaines plus tard, les Syriens plantèrent effectivement ces arbres — ce qui permit aux Israéliens, en 1967, de repérer les bunkers syriens avec une précision redoutable. Cohen transmettait ses informations par radio, depuis son appartement, ou par courrier secret. Il retourna trois fois en Israël pour rencontrer ses officiers traitants du Mossad.

🏔️ Le Golan : La Clé de la Victoire de 1967

Le plateau du Golan, occupé par la Syrie, surplombait le nord d'Israël. Les Syriens y avaient construit des fortifications redoutables, bétonnées, enterrées, protégées par des champs de mines et de l'artillerie. Cohen explora personnellement ces positions, prit des photos, nota les emplacements des bunkers, des pièces d'artillerie, des dépôts de munitions. Il identifia aussi les points faibles : l'absence de défenses adéquates sur certains flancs, la rotation des troupes. Ces informations, transmises au Mossad puis à l'armée israélienne, permirent de préparer l'assaut de juin 1967. En quelques heures, les blindés israéliens contournèrent les défenses syriennes par les points faibles repérés par Cohen. Le Golan tomba en moins de deux jours. Sans Eli Cohen, la conquête du Golan aurait probablement été bien plus coûteuse, voire impossible.

La Ruse des Eucalyptus

Lors d'une visite sur le Golan, Cohen dit aux officiers syriens : « Pourquoi ne plantez-vous pas des arbres ici ? Vos soldats pourraient se reposer à l'ombre. » Les Syriens, séduits par l'idée, plantèrent des eucalyptus à chaque position fortifiée. En 1967, ces arbres servirent de repères visuels aux avions et aux blindés israéliens pour localiser précisément chaque bunker syrien. La ruse de Cohen avait fonctionné au-delà de toute espérance.

💀 La Capture et la Pendaison

En janvier 1965, les services syriens, aidés par des experts soviétiques, détectèrent des émissions radio non identifiées provenant de Damas. Ils organisèrent une traque systématique, coupant l'électricité quartier par quartier jusqu'à localiser la source : l'appartement de Kamel Amin Thabet. Eli Cohen fut arrêté en pleine transmission. Le procès fut expéditif. Malgré les appels à la clémence du pape Paul VI, de Charles de Gaulle, de l'ONU et de nombreux chefs d'État, Cohen fut condamné à mort et pendu publiquement le 18 mai 1965. Il refusa de porter une cagoule, et ses derniers mots furent adressés à sa femme et à ses enfants, dans une lettre dictée avant l'exécution. La Syrie refusa de restituer son corps, qui fut enterré dans un lieu secret. En 2018, le Mossad récupéra sa montre, qui fut remise à sa famille.

« Je te demande, Nadia, de ne pas pleurer. Nous sommes ensemble pour l'éternité. Prends soin de nos enfants, et souviens-toi que je t'aime. »

— Dernière lettre d'Eli Cohen à sa femme, mai 1965

📜 Postérité : Le Héros National

En Israël, Eli Cohen est vénéré comme un héros national. Des rues, des places, des écoles portent son nom. Sa veuve, Nadia, a mené pendant des décennies une campagne pour la restitution de son corps, en vain. En 2019, le Mossad réussit une opération spectaculaire : il récupéra la montre d'Eli Cohen en Syrie et la rapporta en Israël. Le film « The Spy » (2019), avec Sacha Baron Cohen dans un rôle dramatique, a fait redécouvrir son histoire au niveau mondial. Aujourd'hui encore, la Syrie garde le silence sur l'emplacement de sa tombe.

4 ans
Infiltration
1965
Pendaison
Golan
Objectif stratégique
1967
Guerre des Six Jours

La Montre Retrouvée : En 2018, le Mossad annonça avoir récupéré la montre d'Eli Cohen lors d'une opération spéciale en Syrie. La montre fut remise à sa famille lors d'une cérémonie émouvante. C'était la première fois que les Israéliens parvenaient à récupérer un objet personnel d'Eli Cohen depuis son exécution en 1965.

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