George Blake était un officier du MI6, le service de renseignement extérieur britannique. Il avait fait la guerre de Corée, avait été capturé par les Nord-Coréens, et avait passé trois ans dans un camp de prisonniers. C'est là, dit-il, qu'il devint communiste — non par idéologie livresque, mais en voyant les bombardements américains raser des villages coréens. De retour en Angleterre, personne ne le soupçonnait. Le MI6 le nomma chef de leur station à Berlin — l'un des postes les plus sensibles de la guerre froide. Et c'est là que Blake commença à transmettre au KGB les noms de tous les agents britanniques opérant en Europe de l'Est. Au moins quarante-deux agents furent arrêtés et exécutés à cause de ses trahisons. Arrêté en 1961, il fut condamné à quarante-deux ans de prison — la peine la plus longue jamais prononcée par un tribunal britannique. Mais en 1966, avec l'aide de codétenus et de complices extérieurs, il s'évada de la prison de Wormwood Scrubs en escaladant le mur avec une échelle de cordes. Il s'enfuit à Moscou, où il vécut jusqu'à sa mort en 2020, à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans.
Qui était George Blake ? Né en 1922 à Rotterdam, George Behar (son vrai nom) était le fils d'un juif égyptien naturalisé britannique et d'une Néerlandaise. Il combattit dans la Résistance néerlandaise, puis entra au MI6 en 1944. Capturé en Corée en 1950, il y resta prisonnier jusqu'en 1953. C'est pendant sa captivité qu'il fut retourné par le KGB. Il ne fut jamais soupçonné à son retour.
💀 Le Traître de Berlin
Nommé à Berlin en 1955, Blake avait accès à la liste de tous les agents du MI6 en RDA, en Pologne, en Tchécoslovaquie, en URSS. Il transmit ces listes au KGB. Les résultats furent dévastateurs : au moins 42 agents furent arrêtés par la Stasi et le KGB, torturés, exécutés ou emprisonnés à vie. L'opération « Gold » — un tunnel secret creusé par la CIA et le MI6 sous Berlin-Est pour intercepter les communications soviétiques — fut compromise par Blake avant même son achèvement. Pendant six ans, il transmit des informations vitales sans que personne ne le soupçonne. Il fut démasqué en 1961 grâce à un transfuge polonais, Michael Goleniewski.
🪢 L'Évasion Spectaculaire
Condamné à quarante-deux ans, Blake était détenu à Wormwood Scrubs, une prison de l'ouest de Londres. En 1966, avec l'aide de deux détenus (Sean Bourke, un Irlandais, et Michael Randle, un militant antinucléaire), il prépara son évasion. Bourke lança une échelle de cordes par-dessus le mur d'enceinte. Blake escalada, sauta, et fut conduit dans une planque. Il passa ensuite en Allemagne de l'Est dans une caravane aménagée, puis gagna Moscou. L'évasion humilia le gouvernement britannique et fit la une des journaux du monde entier. Bourke fut arrêté, mais Randle ne fut jamais inquiété.
Une Longue Vie à Moscou
Blake vécut à Moscou pendant cinquante-quatre ans après son évasion. Il reçut une pension du KGB, un appartement, et le grade de colonel honoraire. Il ne regretta jamais sa trahison, déclarant : « J'ai servi la cause de la paix et de l'humanité. Je n'ai aucun remords. » Il mourut en 2020, à quatre-vingt-dix-huit ans, doyen des anciens espions de la guerre froide. Vladimir Poutine lui rendit hommage.
« Je ne regrette rien. J'ai agi par conviction, non par intérêt. J'ai choisi le camp du socialisme, et je ne m'en suis jamais repenti. »
Blake et Philby : George Blake et Kim Philby étaient contemporains, tous deux agents du KGB infiltrés dans les services britanniques. Ils se croisèrent à Moscou après leurs évasions respectives. Philby, plus célèbre, méprisait un peu Blake, qu'il considérait comme un idéaliste naïf. Blake, lui, vécut beaucoup plus longtemps.