Le 30 décembre 2006, à l'aube, Saddam Hussein, l'ancien président de l'Irak qui avait régné d'une main de fer pendant vingt-quatre ans, fut conduit à la potence dans une cellule du quartier général des services de renseignement irakiens à Bagdad. Vêtu d'un manteau noir et d'une chemise blanche, le dictateur déchu de soixante-neuf ans refusa la cagoule qu'on lui proposait. Il tenait un Coran à la main, qu'il demanda à ce qu'on remette à un ami. Des gardes masqués passèrent la corde autour de son cou. L'un d'eux cria : « Moqtada ! Moqtada ! » — le nom du chef chiite Moqtada al-Sadr. Saddam sourit, ironique. « C'est ça votre courage ? » demanda-t-il. Puis la trappe s'ouvrit. Saddam Hussein, le tyran de Bagdad, était mort. La vidéo amateur de l'exécution, tournée au téléphone portable, fit le tour du monde en quelques heures. Le chaos de la pendaison — les cris sectaires, le visage du cadavre — choqua l'opinion internationale. Au lieu d'un acte de justice solennel, l'exécution apparut comme une vengeance confessionnelle, dans un Irak déjà déchiré par la guerre civile.
Résumé : Saddam Hussein (1937–2006) fut président de l'Irak de 1979 à 2003. Après l'invasion américaine de l'Irak et la chute de son régime en avril 2003, il se cacha pendant huit mois avant d'être capturé par les forces américaines le 13 décembre 2003 dans un trou (« spider hole ») près de Tikrit, sa ville natale. Livré aux nouvelles autorités irakiennes, il fut jugé par le Tribunal spécial irakien pour le massacre de 148 chiites à Dujail en 1982, commis en représailles à une tentative d'assassinat manquée contre lui. Condamné à mort le 5 novembre 2006, il fut pendu le 30 décembre 2006 dans une prison de Bagdad. Son exécution, filmée illégalement et diffusée sur internet, révéla des échanges sectaires et des cris de vengeance chiites. Un second procès pour le génocide kurde de la campagne Anfal (1988) était en cours au moment de sa mort. L'exécution de Saddam Hussein reste l'un des événements les plus controversés de l'après-guerre d'Irak.
🕳️ La Capture : Le Trou de Tikrit
Le 9 avril 2003, le régime de Saddam Hussein s'effondra avec la chute de Bagdad. Le dictateur disparut. Pendant huit mois, il déjoua les recherches de l'armée américaine, circulant entre des caches à travers le « triangle sunnite ». Sa tête fut mise à prix pour 25 millions de dollars. Des rumeurs le disaient en Syrie, en Jordanie, mort ou mourant. Le 13 décembre 2003, agissant sur un renseignement obtenu lors d'un interrogatoire, les soldats de la 4e division d'infanterie américaine et les forces spéciales découvrirent une cache souterraine près d'une ferme à Ad-Dawr, à 15 km de Tikrit. Sous un tapis, sous une plaque de polystyrène, dans un trou à peine assez grand pour un homme — le fameux « spider hole » — Saddam Hussein était recroquevillé, une arme de poing à ses côtés. Il n'opposa aucune résistance. « Je suis Saddam Hussein, président de l'Irak, et je suis prêt à négocier », dit-il en anglais. Le soldat qui le découvrit répondit : « Le président Bush vous envoie ses salutations. » Les images de Saddam, hirsute, barbu, les cheveux en bataille, examiné par un médecin militaire, firent le tour du monde. Le tyran était réduit à l'état de fugitif misérable.
⚖️ Le Procès : Dujail
Saddam Hussein aurait pu être jugé pour ses crimes les plus monstrueux : le génocide kurde de la campagne Anfal (1988, 50 000 à 180 000 morts), les massacres de chiites après le soulèvement de 1991, l'utilisation d'armes chimiques contre les Kurdes à Halabja (5 000 morts). Mais les autorités irakiennes, avec l'accord américain, choisirent de le juger d'abord pour un crime plus modeste — mais suffisant pour une condamnation à mort : le massacre de Dujail. En 1982, un convoi de Saddam traversait le village chiite de Dujail, au nord de Bagdad, quand des militants du parti Dawa (chiite) tentèrent de l'assassiner. L'attentat échoua. En représailles, les forces de sécurité arrêtèrent et torturèrent des centaines d'habitants du village. 148 d'entre eux furent exécutés après un procès de vingt minutes. Leurs vergers furent rasés. Leurs terres confisquées. Le procès de Saddam pour Dujail s'ouvrit le 19 octobre 2005 à Bagdad. Il fut, dès le premier jour, un spectacle chaotique : Saddam défiait les juges, récitait des versets du Coran, dénonçait le tribunal comme une « cour américaine ». Trois de ses avocats furent assassinés pendant le procès. Mais les preuves — documents signés de sa main, témoignages de survivants — ne laissaient aucun doute sur sa culpabilité juridique. Le 5 novembre 2006, Saddam Hussein fut reconnu coupable de crimes contre l'humanité et condamné à mort par pendaison. Ses coaccusés — dont son demi-frère Barzan al-Tikriti et l'ancien juge Awad al-Bandar — furent également condamnés.
« Vive la nation ! Vive la patrie ! Dieu est grand ! Que Dieu maudisse les Perses ! »
🪢 La Nuit de l'Exécution
L'exécution eut lieu le 30 décembre 2006, premier jour de l'Aïd al-Adha (fête du sacrifice musulmane) pour les sunnites — choix de date qui fut dénoncé comme une provocation sectaire par les partisans de Saddam. La veille, le dictateur déchu fut transféré de la prison américaine de Camp Cropper aux autorités irakiennes. Il passa sa dernière nuit à prier et à écrire des lettres à sa famille. À l'aube, il fut conduit dans une pièce nue du quartier général des renseignements à Kazimayn, un quartier chiite de Bagdad. La pièce était gardée par des hommes cagoulés affiliés aux milices chiites — ce qui provoqua immédiatement les moqueries de Saddam. La scène, filmée illégalement au téléphone portable, montre Saddam refusant la cagoule, dialoguant calmement avec ses bourreaux. Mais l'ambiance est sectaire : des gardes crient « Moqtada ! Moqtada ! » (référence au chef chiite radical Moqtada al-Sadr), d'autres scandent « Al-Sadr ! » Saddam ironise : « C'est ça votre virilité ? C'est ça le courage ? » Un garde répond : « Va en enfer ! » Saddam lance : « L'enfer des Irakiens ? » Puis la trappe s'ouvre. Saddam Hussein est pendu à 6h10 du matin, le 30 décembre 2006. Une seconde vidéo, où l'on voit son cadavre, le visage ensanglanté, la nuque brisée, enveloppé dans un linceul blanc, circule rapidement.
La Vidéo Amateur
« La vidéo de l'exécution — grossière, tremblante, filmée sur un téléphone portable — fit plus de dégâts que tous les communiqués officiels. Au lieu de montrer la dignité de la justice, elle montra une vengeance sectaire, des cris de haine, un condamné plus digne que ses bourreaux. Les gouvernements occidentaux condamnèrent l'attitude des gardes. La Ligue arabe dénonça une exécution qui nourrissait la guerre civile. »
🪦 L'Enterrement
Le corps de Saddam Hussein fut transporté en hélicoptère à Tikrit, sa ville natale, et remis à sa tribu des Albu Nasir. Il fut enterré dans un mausolée familial à Al-Awja, le village de sa naissance, aux côtés de ses fils Oudaï et Qoussaï, tués par les forces américaines en juillet 2003. Son tombeau devint un lieu de pèlerinage pour les nostalgiques du régime baasiste. En 2015, lors de la guerre contre l'État islamique, le mausolée fut détruit dans les combats. Les restes de Saddam auraient été transférés dans un lieu secret. L'exécution de Saddam Hussein ne mit pas fin à la violence en Irak. La guerre confessionnelle entre sunnites et chiites, qui avait commencé en 2006, s'intensifia après sa mort. L'État islamique (Daech), fondé en partie par d'anciens officiers baasistes privés de pouvoir, émergea de ce chaos.
🤔 Questions Fréquemment Posées
1) Pourquoi Saddam a-t-il été jugé pour Dujail et non pour les crimes plus graves ? Dujail était un crime bien documenté, avec des preuves solides, permettant un jugement rapide. Le procès Anfal (génocide kurde) était en cours mais fut arrêté par l'exécution.
2) Les États-Unis ont-ils livré Saddam aux Irakiens ? Oui. Le gouvernement irakien insista pour exécuter Saddam, et les Américains acceptèrent afin d'affirmer la souveraineté du nouveau gouvernement.
3) Pourquoi l'exécution a-t-elle eu lieu le jour de l'Aïd ? Choix controversé. Pour les sunnites, ce jour est sacré ; exécuter un sunnite ce jour fut perçu comme une humiliation délibérée, orchestrée par les autorités chiites.
4) Qu'est devenu le corps de Saddam ? Enterré à Al-Awja, près de Tikrit. Le mausolée fut détruit en 2015 pendant les combats contre Daech. Les restes auraient été déplacés.
5) L'exécution a-t-elle mis fin à la violence en Irak ? Non. Elle l'aggrava. La guerre civile chiite-sunnite se poursuivit jusqu'en 2008, et l'État islamique émergea du chaos en 2014.