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🍞 L'Intifada du Pain (Égypte, 1977)

Quand le Peuple Égyptien se Souleve Contre la Faim

Le 18 janvier 1977, des centaines de milliers d'Égyptiens descendirent dans les rues du Caire, d'Alexandrie et dans toute l'Égypte. Leur cri : « Ô héros de la traversée, où est notre petit-déjeuner ? » — une insulte directe au président Anouar el-Sadate, le « Héros de la Traversée » (du canal de Suez en 1973). La cause immédiate : la suppression des subventions publiques sur le pain, la farine, le sucre, le riz, l'huile et le gaz — décision dictée par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale. Du jour au lendemain, le prix du pain augmenta de 50%. Le peuple — dont une grande partie vivait déjà à la limite de la subsistance — explosa. L'Intifada du Pain (18-19 janvier 1977) fut l'une des révoltes populaires les plus violentes de l'histoire égyptienne moderne. Elle fit vaciller le régime de Sadate, révéla le gouffre entre la politique d'ouverture économique (Infitah) et la misère populaire, et força le gouvernement à annuler les hausses — un recul sans précédent. L'armée — rappelée en urgence — rétablit l'ordre au prix de 79 morts, mais le mythe de la stabilité sadatienne était brisé.

Résumé : Sous la pression du FMI, Sadate annonce le 17 janvier 1977 la suppression des subventions sur les produits de base. Le 18 janvier, des manifestations massives éclatent dans toute l'Égypte. Les émeutiers attaquent les bâtiments officiels, les symboles du pouvoir et de la richesse. Le slogan le plus célèbre : « Ô héros de la traversée, où est notre petit-déjeuner ? » Sadate ordonne à l'armée de rétablir l'ordre. L'armée — appelée le 19 janvier — tire sur la foule. 79 morts. Le gouvernement annule les mesures le 20 janvier. Les subventions sont rétablies. La révolte cesse. Sadate — humilié — garde le pouvoir mais sa popularité s'effondre.

📉 L'Infitah : L'Ouverture Économique et ses Exclus

Après la guerre d'Octobre 1973, Sadate lança l'Infitah (« ouverture ») : une politique de libéralisation économique, d'ouverture aux investissements étrangers, et de rapprochement avec l'Occident. L'Égypte nassérienne — socialiste, étatiste, panarabe — devait laisser place à une Égypte libérale, tournée vers l'Amérique. Le FMI et la Banque mondiale exigèrent la suppression des subventions publiques — ces subventions qui permettaient aux Égyptiens les plus pauvres de survivre. Le pain — « eish » en arabe égyptien, qui signifie littéralement « vie » — était un droit sacré. Quand le gouvernement annonça le 17 janvier 1977 que le prix du pain augmentait de 50%, le peuple comprit qu'on lui volait sa vie. L'élite du Caire, enrichie par l'Infitah, exhibait son luxe insultant — Mercedes, villas, clubs privés — tandis que le petit peuple faisait la queue pour un pain devenu inaccessible.

« Ô héros de la traversée, où est notre petit-déjeuner ? »

— Le slogan le plus célèbre des émeutes du pain, janvier 1977

🔥 Deux Jours d'Émeutes (18-19 Janvier 1977)

Les manifestations commencèrent le 18 janvier au Caire et à Alexandrie, puis s'étendirent aux villes de province. La foule — des centaines de milliers de personnes — ne se contenta pas de manifester : elle attaqua les symboles du pouvoir. Des bâtiments publics, des commissariats, des sièges du parti présidentiel furent incendiés. Les symboles de l'Infitah — night-clubs, magasins de luxe, concessions automobiles — furent saccagés. La foule scandait des slogans contre Sadate, sa femme Jihane (accusée de corruption), et le FMI. Le slogan le plus mordant — « Ô héros de la traversée, où est notre petit-déjeuner ? » — comparait ironiquement Sadate traversant le canal de Suez en 1973, à son incapacité à nourrir son peuple. Les forces de police, dépassées, fondirent. Sadate — qui hésita — appela l'armée le 19 janvier. Les chars et les troupes d'élite rétablirent l'ordre par la force. 79 manifestants furent tués, plus de 500 blessés. Le 20 janvier, le gouvernement annonça l'annulation de toutes les hausses de prix. La révolte cessa immédiatement.

Le Pain en Égypte : Une Histoire Sacrée

« En Égypte, le pain n'est pas un simple aliment. Le mot 'eish' signifie à la fois 'pain' et 'vie'. Depuis l'époque des pharaons — le pain était la base de l'alimentation —, l'État garantissait le prix du pain. Sous Nasser, les subventions faisaient partie du contrat social : l'État socialiste nourrissait le peuple. Toucher au prix du pain, c'était toucher au cœur du pacte sacré entre le pouvoir et la population. L'Intifada du Pain le rappela brutalement : on ne gouverne pas l'Égypte contre son pain. »

🏛️ Conséquences : Sadate Affaibli

L'Intifada du Pain fut un tournant dans le règne de Sadate. L'image du « Héros de la Traversée » — auréolé de la victoire de 1973 — était ternie. Sadate avait dû reculer face à la rue — humiliation sans précédent pour un dirigeant égyptien. La révolte révéla que l'Infitah enrichissait une infime minorité tandis que la masse s'appauvrissait dangereusement. Le soutien populaire à Sadate — déjà fragilisé par son rapprochement avec Israël — s'effrita davantage. En novembre 1977, Sadate se rendit à Jérusalem — geste historique qui aboutit aux accords de Camp David (1978) et au traité de paix avec Israël (1979). Ces décisions, prises par un régime affaibli intérieurement, isolèrent Sadate du monde arabe et d'une partie de son opinion. Le 6 octobre 1981, Sadate fut assassiné par des islamistes radicaux lors d'un défilé militaire — un attentat qui trouvait ses racines dans les fractures révélées par l'Intifada du Pain.

48 heures
Durée des émeutes
79
Morts
+500
Blessés
50%
Hausse annulée du pain

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