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🇲🇷 Le Coup d'État en Mauritanie 1978

La Fin du Père de la Nation

Le 10 juillet 1978, aux premières heures de l'aube, un groupe d'officiers de l'armée mauritanienne encercla le palais présidentiel de Nouakchott. En quelques heures, sans effusion de sang, ils renversèrent le président Mokhtar Ould Daddah, l'homme qui dirigeait le pays depuis son indépendance en 1960. Après 18 ans de pouvoir, le « Père de la Nation » mauritanien était destitué, arrêté, et emprisonné. Son crime ? Avoir engagé la Mauritanie dans une guerre désastreuse au Sahara Occidental contre le Polisario, ruinant l'économie nationale et provoquant la colère de l'armée. Ce coup d'État, le premier d'une longue série en Mauritanie, ouvrit une ère d'instabilité politique qui dure encore aujourd'hui.

Résumé : Le 10 juillet 1978, le lieutenant-colonel Mustapha Ould Salek renversa le président Mokhtar Ould Daddah. La cause principale du coup d'État était l'engagement militaire de la Mauritanie dans le conflit du Sahara Occidental (1975-1979) contre le Front Polisario, qui avait ruiné le pays et provoqué le mécontentement de l'armée. Ould Daddah fut emprisonné jusqu'en 1979, puis exilé en France. Il revint en Mauritanie en 2001 et mourut en 2003.

👨‍💼 Mokhtar Ould Daddah : Le Père Fondateur

Mokhtar Ould Daddah naquit en 1924 à Boutilimit, dans une famille de la noblesse maraboutique. Avocat formé à Paris, il fut élu président de l'Assemblée territoriale en 1958, puis proclama l'indépendance de la Mauritanie le 28 novembre 1960. Pendant près de deux décennies, il incarna la Mauritanie sur la scène internationale. Il nationalisa l'industrie minière (fer de Zouerate), créa la capitale Nouakchott, et maintint une stabilité relative dans un pays immense et désertique.

Mais en 1975, l'Espagne abandonna le Sahara Occidental. Le Maroc et la Mauritanie se partagèrent le territoire. Ould Daddah crut que le Sahara lui apporterait des richesses minières. Ce fut un désastre. Le Front Polisario, soutenu par l'Algérie, déclencha une guérilla impitoyable contre l'armée mauritanienne.

« J'ai cru que le Sahara serait notre avenir. Il est devenu notre tombeau. »

— Mokhtar Ould Daddah, après sa libération
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⚔️ Le Piège du Sahara Occidental

En 1976, la Mauritanie occupait le tiers sud du Sahara Occidental. Le Polisario lança des raids éclairs contre les garnisons mauritaniennes. Les colonnes de guérilleros remontaient jusqu'à Zouerate, la capitale minière, et attaquèrent même le palais présidentiel à Nouakchott en 1976 et 1977. L'armée mauritanienne, mal équipée, mal formée, ne parvenait pas à protéger le territoire. La guerre engloutissait 60 % du budget de l'État. La population, exaspérée, manifestait dans les rues. Les officiers, qui voyaient leurs soldats mourir pour une cause perdue, complotaient.

Le Raid sur Nouakchott (1977) : Le 3 juin 1977, un commando du Polisario attaqua directement la capitale mauritanienne, bombardant le palais présidentiel et le siège de l'état-major. Bien que repoussé, ce raid traumatisa la population et humilia le régime.

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⛓️ Le Coup d'État et l'Exil

Le 10 juillet 1978, le lieutenant-colonel Mustapha Ould Salek prit le pouvoir sans tirer un coup de feu. Ould Daddah fut arrêté et emprisonné. La junte militaire mit fin à la guerre du Sahara, signant un accord de paix avec le Polisario en 1979 — la Mauritanie se retira totalement du conflit. Ould Daddah passa plus d'un an en prison, puis fut autorisé à s'exiler en France en octobre 1979. Il vécut à Nice pendant 22 ans, écrivant ses mémoires. Il ne revint en Mauritanie qu'en juillet 2001, accueilli par une foule respectueuse. Il mourut deux ans plus tard, le 14 octobre 2003, à l'âge de 78 ans.

📝 L'Héritage du Premier Président

Mokhtar Ould Daddah reste une figure controversée. Pour certains, il est le père fondateur de la nation mauritanienne. Pour d'autres, il est le responsable de l'aventure désastreuse du Sahara. Le coup d'État de 1978 inaugura une série de régimes militaires. La Mauritanie ne retrouva une stabilité démocratique qu'en 2007 — pour replonger dans un nouveau cycle de coups d'État en 2008.

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