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🪨 La Première Intifada

1987–1993 — Le Soulèvement des Pierres Qui Fit Plier Israël

Le 9 décembre 1987, un camion militaire israélien percuta une voiture civile dans le camp de réfugiés de Jabaliya, à Gaza, tuant quatre Palestiniens. La rumeur se répandit que l'accident était une vengeance pour le meurtre d'un Israélien quelques jours plus tôt. En quelques heures, les camps de Gaza s'embrasèrent. Puis la Cisjordanie. Puis Jérusalem-Est. Ce qui avait commencé comme une émeute spontanée devint un soulèvement populaire de masse qui allait durer six ans. La Première Intifada — la « guerre des pierres » — opposa des enfants et des adolescents palestiniens lançant des cailloux aux soldats israéliens armés de M-16. Les images de jeunes lanceurs de pierres face aux jeeps militaires firent le tour du monde et transformèrent la perception du conflit israélo-palestinien. Pour la première fois, ce n'était plus une guerre d'armées, mais une lutte nationale d'un peuple occupé. L'Intifada aboutit aux Accords d'Oslo (1993) — mais elle coûta la vie à plus de 1 500 Palestiniens et 200 Israéliens.

Résumé : La Première Intifada (de l'arabe « soulèvement ») fut une révolte populaire palestinienne contre l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza. Elle éclata le 9 décembre 1987 dans le camp de Jabaliya et dura jusqu'à la signature des Accords d'Oslo en septembre 1993. L'Intifada se caractérisa par des manifestations de masse, des jets de pierres, des grèves générales, le boycott des produits israéliens, et une désobéissance civile généralisée. Elle fut menée par une direction clandestine unifiée (la « Direction nationale unifiée du soulèvement ») qui coordonnait les actions via des tracts distribués dans les territoires. Israël répondit par une répression militaire sévère : couvre-feux, arrestations massives, destructions de maisons, et la politique controversée des « os brisés » (Yitzhak Rabin ordonna à l'armée de « briser les os » des manifestants). Les bilans varient : environ 1 500 Palestiniens tués (dont 300 mineurs), 200 Israéliens tués, 120 000 Palestiniens arrêtés. L'Intifada contraignit Israël à reconnaître l'OLP et à négocier les Accords d'Oslo.

🔥 L'Étincelle de Jabaliya

Le 8 décembre 1987, un commerçant israélien fut poignardé à mort dans le centre de Gaza. Le lendemain, un camion militaire israélien entra en collision avec deux taxis palestiniens au checkpoint de Jabaliya. Quatre Palestiniens, dont trois ouvriers de Jabaliya, furent tués. Parmi eux, un jeune homme de dix-sept ans, Hatem al-Sisi. La rumeur, alimentée par des années de colère et d'humiliation, accusa les soldats d'avoir délibérément provoqué l'accident. Les funérailles des victimes se transformèrent en manifestations de masse. À Jabaliya, des centaines de jeunes sortirent dans les rues, jetant des pierres sur les soldats israéliens. La troupe tira. Un Palestinien de vingt ans, Hatem Abu Sisi, fut tué — la première victime de l'Intifada. Le lendemain, les manifestations s'étendirent à toute la bande de Gaza, puis à la Cisjordanie. En quelques semaines, l'Intifada embrasait tous les territoires occupés.

👶 Les Enfants de l'Intifada

L'image emblématique de la Première Intifada est celle d'un enfant ou d'un adolescent palestinien, seul, un caillou à la main, faisant face à un soldat israélien lourdement armé. Le déséquilibre était saisissant — et délibéré. Les jeunes lanceurs de pierres, surnommés les « enfants de la pierre » (atfal al-hijara), étaient majoritairement des adolescents, parfois des enfants de huit ou neuf ans. Les pierres, symbole de faiblesse transformée en arme, devinrent le langage de la révolte. Israël répondit avec une force disproportionnée. Le 19 janvier 1988, le ministre de la Défense Yitzhak Rabin déclara : « Il faut briser leurs os. » Les soldats appliquèrent cette politique : des manifestants furent frappés à coups de crosse et de barre de fer, leurs bras et jambes fracturés. Les images d'enfants aux membres brisés choquèrent l'opinion mondiale.

« Ils n'avaient que des pierres, et nous avions des fusils. Mais les pierres étaient plus lourdes que nos balles, car elles parlaient au monde. Le monde regardait les enfants jeter des cailloux, et il ne comprenait plus pourquoi l'armée la plus puissante du Moyen-Orient tirait sur des enfants. »

— Témoignage d'un journaliste étranger à Gaza, 1988

📜 La Révolte Organisée

Contrairement aux apparences, l'Intifada n'était pas un chaos spontané. Une direction clandestine unifiée — la « Direction nationale unifiée du soulèvement » — coordonnait les actions : jours de grève générale, boycotts des produits israéliens, manifestations, désobéissance civile. Des tracts distribués anonymement dans les rues dictaient le programme de la semaine. Les comités populaires organisaient l'entraide : distribution de nourriture, éducation clandestine (quand les écoles étaient fermées par l'armée), soins médicaux. L'OLP de Yasser Arafat, depuis son exil tunisien, tentait de revendiquer la direction du soulèvement, mais l'Intifada était avant tout menée par les jeunes Palestiniens des territoires occupés — ceux qui étaient nés sous l'occupation et n'avaient jamais connu autre chose.

Les Tracts de l'Intifada

« Chaque semaine, des tracts ronéotypés apparaissaient sous les pierres, dans les mosquées, sur les marchés. Signés par la Direction nationale unifiée, ils appelaient à la grève générale tel jour, au boycott des produits israéliens, à la démission des policiers palestiniens collaborant avec Israël. Ils étaient le journal de la révolution — le fil invisible qui reliait Gaza à Hébron, Naplouse à Jénine. »

🕊️ Vers Oslo

Après six années de soulèvement, le coût humain et politique était considérable des deux côtés. En Israël, l'Intifada avait érodé le consensus sur l'occupation. Une partie de l'opinion israélienne commençait à comprendre que les territoires ne pouvaient pas être tenus indéfiniment sans un prix moral et démographique insupportable. Côté palestinien, l'Intifada avait démontré la capacité de résistance populaire, mais elle avait aussi épuisé la population et renforcé la détermination israélienne. Quand les négociations secrètes d'Oslo aboutirent, en 1993, à un accord de reconnaissance mutuelle, beaucoup y virent le fruit direct de l'Intifada. La poignée de main entre Rabin et Arafat le 13 septembre 1993 mit fin au soulèvement — mais laissa en suspens les questions fondamentales : les colonies, Jérusalem, le retour des réfugiés. La Première Intifada avait changé la perception du conflit. Elle n'avait pas apporté la paix.

1987–1993
Durée
1 500+
Morts palestiniens
200
Morts israéliens
120 000
Palestiniens arrêtés

🤔 Questions Fréquemment Posées

1) Qu'est-ce qui distingue la Première Intifada de la Seconde ? La Première Intifada (1987–1993) fut un soulèvement populaire à base de jets de pierres et de désobéissance civile. La Seconde Intifada (2000–2005) fut militarisée, avec des attentats-suicides et des opérations armées.

2) L'Intifada a-t-elle atteint ses objectifs ? Elle n'a pas mis fin à l'occupation, mais elle a contraint Israël à reconnaître l'OLP et à négocier. Elle a aussi exposé au monde la réalité de l'occupation.

3) Pourquoi Rabin a-t-il ordonné de « briser les os » ? Pour réprimer le soulèvement sans utiliser systématiquement les armes à feu — une tentative de réduire le nombre de morts, qui fut perçue comme une politique de brutalité systématique.

4) L'Intifada était-elle spontanée ou organisée ? Les deux. L'étincelle fut spontanée, mais la direction unifiée et les comités populaires coordonnèrent très vite les actions.

5) Quel lien entre l'Intifada et les Accords d'Oslo ? Direct. L'Intifada créa la pression politique qui rendit Oslo possible. Sans le soulèvement, il est peu probable qu'Israël aurait accepté de négocier avec l'OLP.

1987 (9 Déc)Début de l'Intifada à Jabaliya, Gaza.
1988Extension du soulèvement. « Guerre des pierres ».
1988 (Nov)Proclamation de l'État de Palestine par l'OLP à Alger.
1991Conférence de Madrid. Premières négociations directes.
1993 (Sep)Accords d'Oslo. Fin de la Première Intifada.

Histoire précédente :

Le Massacre de Khan Younis 1956
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