Le 15 octobre 1917, à l'aube, au polygone de tir de Vincennes, une femme de quarante et un ans, vêtue d'un élégant manteau bleu et d'un tricorne, refusa d'être attachée au poteau d'exécution. Elle envoya un baiser aux douze soldats du peloton et leur dit : « Je suis prête, messieurs. » Douze balles la frappèrent en pleine poitrine. Elle s'effondra sans un cri. Ainsi mourut Margaretha Geertruida Zelle, plus connue sous le nom de Mata Hari, la danseuse exotique devenue la plus célèbre espionne de l'histoire — ou la plus célèbre victime d'une erreur judiciaire. Accusée par la France d'avoir livré des secrets aux Allemands pendant la Grande Guerre, elle fut condamnée au terme d'un procès à huis clos où les preuves étaient minces. Depuis un siècle, la question divise : Mata Hari était-elle vraiment une espionne dangereuse, ou un bouc émissaire commode pour une France saignée à blanc par la guerre ?
Qui était vraiment Mata Hari ? Née en 1876 aux Pays-Bas, Margaretha Zelle épousa un officier colonial hollandais, Rudolf MacLeod, et vécut en Indonésie (Java). C'est là qu'elle apprit les danses orientales et prit le nom de scène « Mata Hari » (« œil du jour » en malais). Revenue en Europe après un divorce, elle devint une danseuse célèbre pour ses spectacles osés où elle se dénudait progressivement. Elle fréquenta la haute société européenne, devint la maîtresse de nombreux officiers, politiciens et riches banquiers. En 1916, alors que la guerre faisait rage, elle fut recrutée comme espionne par la France — puis accusée d'être une espionne allemande.
🎭 Danseuse, Courtisane, Espionne
Mata Hari était une femme libre, indépendante, polyglotte, qui traversait les frontières avec une aisance suspecte en temps de guerre. Elle couchait avec des officiers français, allemands, russes, anglais. Ses amants lui confiaient parfois des secrets sur l'oreiller. En 1916, le capitaine Georges Ladoux, chef du contre-espionnage français, la recruta comme agent double : elle devait séduire des officiers allemands et transmettre leurs secrets à la France. Mais Ladoux en vint à la soupçonner d'être en réalité une espionne allemande. En février 1917, elle fut arrêtée dans sa chambre d'hôtel à Paris. Le procès fut expéditif. Aucune preuve tangible ne l'accablait — seulement des messages interceptés par les Britanniques, mentionnant le nom de code « H-21 », que les Français attribuaient à Mata Hari. Sa défense fut maladroite, sa réputation sulfureuse la condamna. Elle fut jugée coupable et fusillée.
💀 L'Exécution
Le matin du 15 octobre 1917, Mata Hari se leva, s'habilla avec soin, écrivit deux lettres (à sa fille et à un ami), et monta dans la voiture qui la conduisit à Vincennes. Elle refusa le bandeau sur les yeux. Elle refusa d'être attachée. Elle fixa les douze soldats du peloton et leur souffla un baiser. Un sous-officier baissa son sabre, les fusils tirèrent. Mata Hari tomba sans un cri. Un sergent s'approcha et lui tira le coup de grâce dans la tête. Son corps ne fut pas réclamé par sa famille — il fut donné à la faculté de médecine de Paris pour dissection.
Espionne ou Bouc Émissaire ?
Les historiens modernes tendent à penser que Mata Hari fut moins une espionne qu'un bouc émissaire. La France, en 1917, était secouée par les mutineries sur le front, et le public exigeait des coupables. Condamner une femme étrangère, courtisane et sulfureuse était politiquement commode. Les informations qu'elle aurait transmises aux Allemands étaient de faible valeur — des ragots de salon plus que des secrets militaires. Certains pensent même que Ladoux, qui l'avait recrutée, la sacrifia pour couvrir ses propres échecs. En 2001, le ministère français de la Justice a déclassifié les archives du procès, qui confirment la fragilité des preuves.
🎬 Postérité : La Légende
Mata Hari est devenue l'archétype de la femme fatale, de l'espionne séductrice, de la vamp exotique. Greta Garbo l'incarna au cinéma en 1931, Jeanne Moreau en 1964. Son nom est synonyme de trahison érotique. Mais derrière le mythe, il y a une femme réelle : une Hollandaise ambitieuse, naïve peut-être, qui voulait être libre dans un monde d'hommes, et qui en mourut.
« Je suis prête, messieurs. »
Le Musée de Mata Hari : Aux Pays-Bas, la ville natale de Margaretha Zelle, Leeuwarden, abrite un musée consacré à Mata Hari. En 2017, pour le centenaire de sa mort, une statue et une exposition lui ont rendu hommage. Les historiens néerlandais continuent de plaider pour sa réhabilitation officielle.