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🕵️ Rafaat El-Hagan

L'Espion Égyptien qui Vécut 30 Ans sous l'Identité de Jacques Biton et Trompa le Mossad

Son vrai nom était Refaat Ali Souleimane Al-Gammal. Mais pour le monde entier, il était Jacques Biton, un homme d'affaires juif égyptien, francophone, cosmopolite, qui parlait couramment l'arabe, l'hébreu, le français et l'anglais. Pendant trente ans, il vécut sous cette identité fictive, s'infiltrant au cœur de la société israélienne. Recruté par les services de renseignements égyptiens en 1955, il fut formé pendant des années pour devenir un agent dormant. Il construisit sa légende avec une minutie diabolique : faux certificat de naissance, fausse famille juive, faux passé. Puis il s'installa en Israël, où il créa une agence de tourisme prospère, se lia d'amitié avec des personnalités politiques et militaires de haut rang, et transmit pendant des années des informations cruciales au Caire. Il participa même à la création d'un parti politique israélien, le Parti de la Paix, financé en sous-main par l'Égypte. Son identité ne fut révélée qu'après sa mort, en 1988, provoquant un séisme dans les services secrets israéliens. Son histoire inspira une célèbre série télévisée égyptienne, « Rafaat El-Hagan », qui passionna le monde arabe.

Rafaat El-Hagan : Mythe ou Réalité ? L'histoire de Rafaat El-Hagan a été contestée par certains experts. Le Mossad a longtemps nié son existence, affirmant qu'il s'agissait d'une invention de la propagande égyptienne. Mais les mémoires d'anciens responsables égyptiens, les archives déclassifiées, et les témoignages concordants ont confirmé la réalité de cette infiltration. Le pseudonyme « Rafaat El-Hagan » vient de son nom de code dans les services égyptiens, mais c'est sous le nom de Jacques Biton qu'il a vécu et agi.

🎭 La Création d'une Légende

Refaat Al-Gammal naquit en 1927 à Damiette, en Égypte. Fils d'un modeste employé, il montra très jeune des dons exceptionnels pour les langues. Engagé dans une compagnie maritime, il apprit l'anglais et le français. En 1955, il fut recruté par le Mukhabarat (les services de renseignements égyptiens), alors dirigés par le légendaire Salah Nasr. Les Égyptiens, qui préparaient la revanche après la défaite de 1948, cherchaient à infiltrer Israël. Al-Gammal était le candidat idéal : brun, les traits méditerranéens, polyglotte, capable de passer pour un Juif séfarade. On lui créa une identité complète : Jacques Biton, né à Alexandrie dans une famille juive égyptienne qui avait émigré en France, puis était revenue. On lui inventa des parents, des études, des amis d'enfance. On lui fit subir une conversion factice au judaïsme. On lui apprit l'hébreu, les coutumes juives, les prières. Pendant cinq ans, il vécut et travailla en Europe, consolidant sa légende, se créant un réseau de relations dans la communauté juive.

🇮🇱 L'Infiltration d'Israël

Au début des années 1960, Jacques Biton s'installa en Israël. Il ouvrit une agence de tourisme à Tel-Aviv, qui prospéra rapidement. Affable, cultivé, généreux, il se constitua un vaste réseau de relations. Il fréquentait les cercles politiques, militaires et mondains. Il devint l'ami de généraux, de députés, de hauts fonctionnaires. Personne ne soupçonnait que ce parfait Juif égyptien, francophone et élégant, était en réalité un musulman égyptien, agent du Mukhabarat. Pendant des années, il transmit au Caire des informations sur les plans militaires israéliens, les manœuvres, les positions des unités, les tensions internes. Il joua un rôle clé dans la transmission d'informations avant la guerre de 1967, puis surtout avant la guerre d'Octobre 1973.

Le Parti de la Paix : Un Cheval de Troie Politique

L'un des exploits les plus audacieux de Rafaat El-Hagan fut la création, avec le financement secret de l'Égypte, d'un parti politique israélien appelé le « Parti de la Paix ». Ce parti, dirigé par un avocat israélien (qui ignorait tout du financement égyptien), prônait des positions favorables aux intérêts arabes. Il participa aux élections législatives israéliennes, obtint quelques milliers de voix, mais surtout, il permit à l'Égypte de disposer d'une plateforme d'influence à l'intérieur même du système politique israélien. Cette opération, digne d'un roman de John le Carré, montre l'ampleur et la sophistication de l'infiltration.

⚔️ La Guerre d'Octobre 1973 et la Fin de la Mission

Avant la guerre d'Octobre 1973, Rafaat El-Hagan transmit des informations cruciales : les plans de mobilisation israéliens, les positions des unités blindées dans le Sinaï, l'état d'esprit des généraux israéliens (persuadés que l'Égypte n'attaquerait pas). Ces renseignements aidèrent l'état-major égyptien à planifier la traversée du canal de Suez avec un maximum d'efficacité. Après la guerre, El-Hagan continua son activité d'espionnage. Mais en 1982, il mourut d'un cancer en Allemagne, où il était allé se faire soigner. Il avait cinquante-cinq ans. Son corps fut rapatrié en Égypte et enterré avec les honneurs militaires au Caire, mais dans le secret le plus absolu. Son identité ne fut révélée au public égyptien qu'en 1988, six ans après sa mort, dans une série d'articles publiés par le journal Al-Ahram. La série télévisée « Rafaat El-Hagan », diffusée en 1991, acheva d'en faire une légende nationale.

« Je ne suis ni un héros ni un traître. Je suis un soldat qui a combattu son ennemi avec les armes de l'intelligence et de la patience. Mon champ de bataille, c'était l'ombre. »

— Phrase attribuée à Rafaat El-Hagan dans ses mémoires posthumes

📜 Postérité et Controverses

L'histoire de Rafaat El-Hagan continue de susciter des débats. Le Mossad israélien a longtemps nié son existence, affirmant qu'il s'agissait d'une invention de la propagande égyptienne destinée à remonter le moral après les défaites de 1967. Mais en 2002, des documents déclassifiés et les mémoires d'anciens responsables égyptiens (notamment le général Mohamed Abdel Ghani Al-Gamassi) ont confirmé la réalité de l'opération. Certains analystes israéliens ont admis, à demi-mot, que « Biton » avait probablement existé, tout en minimisant l'importance des informations qu'il aurait transmises. Quoi qu'il en soit, Rafaat El-Hagan reste l'une des figures les plus fascinantes de l'espionnage au XXe siècle — un homme qui abandonna sa propre identité pour servir son pays dans l'ombre, et dont l'histoire ne fut connue qu'après sa mort.

30 ans
Sous couverture
4
Langues parlées
1973
Guerre d'Octobre
1988
Identité révélée

La Série Télévisée : « Rafaat El-Hagan » (1991) est l'une des séries les plus célèbres du monde arabe. En trois saisons, elle retraçait la vie de l'espion égyptien, avec l'acteur Mahmoud Abdel Aziz dans le rôle principal. La série mêlait faits historiques et dramatisation, et contribua à ancrer la figure d'El-Hagan dans la mémoire collective égyptienne et arabe.

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