Le 8 juillet 1972, à Beyrouth, un homme monta dans sa voiture Austin 1100 blanche garée devant son immeuble. Il tourna la clé de contact. Une charge explosive de cinq kilos de plastic, dissimulée sous le siège, déchiqueta le véhicule. La déflagration souffla les vitres du quartier. Le corps de Ghassan Kanafani, trente-six ans, fut retrouvé déchiqueté, une main encore agrippée au volant. Sa nièce de dix-sept ans, Lamees Najim, qui l'accompagnait, fut tuée sur le coup. Kanafani n'était pas un soldat. Il n'était pas un poseur de bombes. Il était un écrivain, un romancier, un journaliste — le porte-parole du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) et l'une des plus grandes voix de la littérature arabe du XXe siècle. Le Mossad venait de l'assassiner. La raison : six semaines plus tôt, le 30 mai 1972, trois membres de l'Armée rouge japonaise, agissant pour le FPLP, avaient ouvert le feu à l'aéroport de Lod, tuant vingt-quatre civils. L'opération « Colère de Dieu », lancée par Golda Meir, frappait sa première cible.
Résumé : Ghassan Kanafani (1936–1972) était un écrivain, journaliste et militant palestinien, porte-parole du FPLP. Né à Acre, il fut exilé avec sa famille en 1948, devenant réfugié au Liban puis en Syrie. Il devint l'un des plus grands romanciers arabes de sa génération (« Des hommes dans le soleil », « Retour à Haïfa »), tout en dirigeant le journal Al-Hadaf et en représentant le FPLP. Le 8 juillet 1972, il fut assassiné à Beyrouth par une voiture piégée, un attentat du Mossad israélien dans le cadre de l'opération « Colère de Dieu », lancée en représailles au massacre de l'aéroport de Lod (30 mai 1972, 24 morts). Sa nièce Lamees, dix-sept ans, fut tuée avec lui. Plusieurs autres dirigeants palestiniens furent assassinés dans les mois suivants. Kanafani devint un martyr de la cause palestinienne.
📚 L'Écrivain de l'Exil
Ghassan Kanafani naquit en 1936 à Acre, en Palestine sous mandat britannique. En 1948, sa famille fut chassée par la Nakba. Il avait douze ans. Il passa le reste de sa vie en exil — au Liban, en Syrie, au Koweït. Il étudia la littérature arabe à Damas, puis enseigna dans les camps de réfugiés. Le jeune homme timide, au regard intense derrière d'épaisses lunettes, se mit à écrire. Ses romans — « Des hommes dans le soleil » (1963), « Retour à Haïfa » (1969), « Oum Saad » — racontaient l'exil, la perte, l'absurdité de la condition palestinienne. Il écrivait dans un arabe limpide, avec une précision chirurgicale et une empathie bouleversante. Il devint, en moins d'une décennie, l'un des romanciers arabes les plus lus et les plus admirés. Mais Kanafani ne se contentait pas de la littérature. Il était aussi le rédacteur en chef d'Al-Hadaf (« La Cible »), le journal du FPLP, le mouvement marxiste-léniniste de Georges Habache.
✈️ Lod : Le Massacre Qui Déclencha « Colère de Dieu »
Le 30 mai 1972, trois jeunes Japonais — membres de l'Armée rouge japonaise, un groupe d'extrême gauche — atterrirent à l'aéroport de Lod (aujourd'hui Ben-Gourion). Ils récupérèrent leurs bagages, sortirent des fusils d'assaut et des grenades, et ouvrirent le feu dans le hall d'arrivée. Vingt-quatre civils furent tués, dont seize pèlerins chrétiens portoricains. L'opération avait été planifiée par le FPLP, en collaboration avec l'Armée rouge japonaise. Wadie Haddad, le chef de la branche militaire du FPLP, en était l'instigateur. Golda Meir, Premier ministre d'Israël, autorisa le Mossad à lancer l'opération « Colère de Dieu » : une liste de cibles palestiniennes à abattre, où qu'elles se trouvent. Ghassan Kanafani, bien qu'il ne fût pas un militaire, figurait sur cette liste. Il était le visage public du FPLP. Sa plume, pour le Mossad, était une arme aussi redoutable que les fusils.
« Pourquoi n'avez-vous pas frappé à la porte ? demanda le journaliste. 'Pour que la porte reste ouverte', répondit le combattant. Et ainsi, les portes de nos maisons en Palestine sont restées ouvertes. Pas une n'a été fermée. »
💥 La Voiture Piégée
Le matin du 8 juillet 1972, Kanafani descendit de son appartement de la rue Al-Hamra, à Beyrouth. Il monta dans sa petite Austin 1100 blanche. Sa nièce de dix-sept ans, Lamees Najim, était avec lui — elle l'accompagnait chaque jour à son travail. Il mit la clé de contact. Une charge de cinq kilos de Semtex ou de plastic, dissimulée sous le siège conducteur, explosa. La voiture se souleva du sol. Les vitres de la rue Al-Hamra volèrent en éclats. Le corps de Kanafani fut déchiqueté. Lamees, assise à ses côtés, mourut sur le coup. Les secouristes découvrirent une scène atroce. Le Mossad, plus tard, confirma anonymement l'opération. « Kanafani était un propagandiste très habile, déclara un responsable israélien. Il était plus dangereux que beaucoup de terroristes armés. »
La Plume Contre le Plastic
« L'assassinat de Kanafani par le Mossad fut l'un des plus controversés de l'opération 'Colère de Dieu'. Tuer un écrivain, ce n'était pas comme tuer un fedayin. La mort de Kanafani choqua la communauté intellectuelle arabe et internationale. Jean Genet, qui l'admirait, le pleura. Mahmoud Darwich, le grand poète palestinien, lui dédia un poème. Le plastic tua l'homme. Mais les livres de Kanafani sont restés. Ils sont aujourd'hui étudiés dans les universités du monde entier. »
📖 L'Héritage
Ghassan Kanafani fut enterré au cimetière des Martyrs de Beyrouth. Des milliers de Palestiniens et de Libanais assistèrent à ses funérailles. Georges Habache, le leader du FPLP, déclara : « Kanafani est mort en martyr, comme des milliers de Palestiniens sont morts. Sa plume, que les sionistes ont essayé de briser, continuera de vivre dans le cœur de notre peuple. » L'opération « Colère de Dieu » se poursuivit avec les assassinats de nombreux dirigeants palestiniens à travers l'Europe et le Moyen-Orient. Kanafani, lui, devint un symbole. Son nom est aujourd'hui porté par des écoles, des rues, des prix littéraires, des centres culturels dans tout le monde arabe. Ses romans continuent de se vendre. « Des hommes dans le soleil », son chef-d'œuvre, est considéré comme l'un des plus grands romans arabes modernes. L'écrivain tué par le Mossad est devenu immortel.
🤔 Questions Fréquemment Posées
1) Pourquoi le Mossad a-t-il tué Kanafani ? Il était le porte-parole du FPLP, mouvement marxiste palestinien responsable d'attentats. Le Mossad le considérait comme un propagandiste de la terreur, et sa mort faisait partie de l'opération « Colère de Dieu ».
2) Était-il impliqué dans des attaques terroristes ? Aucune preuve ne le lie directement à des actes de violence. Il était porte-parole et journaliste. Son assassinat est souvent décrit comme le meurtre d'un écrivain plutôt que d'un combattant.
3) Que signifie son roman « Retour à Haïfa » ? Il raconte l'histoire d'un couple palestinien qui retourne dans sa maison à Haïfa après 1967 et découvre qu'une famille juive y vit. Le roman explore le thème de l'identité et de l'exil.
4) A-t-il été le seul intellectuel palestinien assassiné ? Non. D'autres intellectuels palestiniens, comme Wael Zwaiter (Rome, 1972) furent tués lors de la même campagne.
5) Qui était sa nièce ? Lamees Najim, dix-sept ans, étudiante. Elle mourait à ses côtés, victime collatérale de l'attentat.