Le 18 avril 1980, à minuit, le drapeau de la Rhodésie fut abaissé pour la dernière fois au stade Rufaro de Salisbury. Le prince Charles, représentant la couronne britannique, assista à la cérémonie. À la place du drapeau rhodésien monta un nouvel étendard : vert, jaune, rouge et noir, frappé de l'oiseau sacré du Grand Zimbabwe. Le nouveau pays s'appelait le Zimbabwe. Son nouveau Premier ministre, Robert Mugabe, 56 ans, ancien instituteur marxiste sorti de prison, promit la réconciliation raciale. Des milliers de Zimbabwéens pleuraient de joie. C'était la fin de 90 ans de domination blanche. Le Zimbabwe devenait le dernier État africain à accéder à l'indépendance. Mais derrière ce triomphe, il y avait 15 ans de guérilla, 30 000 morts, et un traumatisme national qui allait façonner le destin tragique du pays.
Résumé : Le Zimbabwe (ancienne Rhodésie du Sud) proclama son indépendance en 1980 après une longue guerre de libération (1965-1979). Le régime blanc d'Ian Smith avait déclaré unilatéralement l'indépendance de la Rhodésie en 1965 pour préserver l'apartheid à la rhodésienne. La ZANU de Mugabe et la ZAPU de Joshua Nkomo menèrent la lutte armée. Mugabe devint Premier ministre en 1980, puis président en 1987. Il dirigea le pays d'une main de fer jusqu'à son éviction en 2017.
🏴 La Rhodésie d'Ian Smith : Le Dernier Bastion Blanc
En 1965, Ian Smith, un fermier blanc d'origine écossaise, Premier ministre de la Rhodésie du Sud, fit un geste inouï. Il proclama unilatéralement l'indépendance de son pays vis-à-vis de la Grande-Bretagne, accusant Londres de vouloir imposer la « règle de la majorité noire » avant que le pays ne soit « prêt ». Ce fut l'UDI — la Déclaration Unilatérale d'Indépendance. La Rhodésie blanche (250 000 Blancs pour 6 millions de Noirs) rompait avec la Couronne plutôt que d'accepter le suffrage universel. Smith déclara : « Nous ne céderons jamais. » Pendant 15 ans, la Rhodésie fut un État paria, sous sanctions internationales, mais soutenue en sous-main par l'Afrique du Sud de l'apartheid.
Le régime de Smith pratiquait une ségrégation raciale systématique : les meilleures terres — 50 % du territoire — étaient réservées aux Blancs, qui représentaient 4 % de la population. Les Noirs étaient parqués dans des « réserves tribales » surpeuplées. L'éducation, la santé, l'emploi étaient rigoureusement séparés. Smith croyait que la Rhodésie blanche survivrait mille ans. Il se trompait lourdement.
« Nous ne céderons jamais la Rhodésie à la règle de la majorité noire. Pas de mon vivant. Pas dans mille ans. »
⚔️ La Guerre de Libération (1965-1979)
Face à l'intransigeance blanche, la lutte armée devint inévitable. Deux mouvements concurrents émergèrent. La ZANU (Union Nationale Africaine du Zimbabwe), dirigée par Robert Mugabe, opérait depuis le Mozambique (dominé par les Shonas). La ZAPU (Union du Peuple Africain du Zimbabwe), dirigée par Joshua Nkomo, opérait depuis la Zambie (dominé par les Ndébélés). Les deux mouvements, bien que rivaux, combattaient le même ennemi.
Les guérilleros, surnommés « Freedom Fighters » ou « combattants du Chimurenga » (la guerre de libération), harcelaient les forces rhodésiennes. L'armée rhodésienne, excellente tactiquement, mena des raids éclairs au Mozambique (opération Dingo, 1977). Mais la guerre s'enlisait. En 1979, Smith accepta de négocier. Les accords de Lancaster House à Londres aboutirent à un cessez-le-feu et à l'organisation d'élections libres en février 1980.
Mugabe, le Prisonnier Devenu Leader : Arrêté en 1964, Robert Mugabe passa 10 ans en prison. C'est derrière les barreaux qu'il étudia le droit par correspondance (il obtint 6 diplômes universitaires) et prépara la révolution. Libéré en 1974, il traversa la frontière mozambicaine à pied et prit la tête de la ZANU.
📝 L'Héritage de l'Indépendance
Le 18 avril 1980, le Zimbabwe naquit. Mugabe promit la réconciliation : « Que le passé soit le passé. » Ian Smith resta député jusqu'en 1987. Mais l'unité ne dura pas. Mugabe écrasa les Ndébélés (Gukurahundi, 1983-1987), massacrant 20 000 civils. Dans les années 2000, il confisqua les fermes des Blancs, provoquant l'effondrement économique. L'inflation atteignit 89,7 sextillions pour cent (2008). Mugabe fut renversé par un coup d'État en 2017 et mourut en 2019 à Singapour. Le Zimbabwe, qui avait tant promis, reste aujourd'hui un pays meurtri.