En 1948, plus de 700 000 Palestiniens — la moitié de la population arabe de la Palestine mandataire — furent chassés de leurs maisons ou prirent la fuite devant les combats de la première guerre israélo-arabe. Ils pensaient partir pour quelques semaines, le temps que les armées arabes « jettent les Juifs à la mer ». Ils ne revirent jamais leurs villages. Plus de 400 localités arabes furent détruites, leurs noms effacés de la carte, leurs terres confisquées par le nouvel État d'Israël. Les Palestiniens appellent cet événement la « Nakba » — la « Catastrophe ». Pour les Israéliens, la même année est celle de l'indépendance, de la renaissance nationale après la Shoah. Ces deux récits, irréconciliables, sont au cœur du conflit israélo-palestinien. Soixante-quinze ans plus tard, la question des réfugiés reste sans solution — et la Nakba demeure une blessure ouverte.
Résumé : La Nakba (« Catastrophe » en arabe) désigne l'exode forcé de la population palestinienne pendant la guerre de Palestine de 1947–1949. Le 29 novembre 1947, l'ONU adopta le Plan de partage de la Palestine, prévoyant la création d'un État juif et d'un État arabe. Les dirigeants arabes rejetèrent le plan. Une guerre civile éclata entre communautés juive et arabe, suivie, après la proclamation de l'État d'Israël le 14 mai 1948, par l'invasion des armées arabes. Entre décembre 1947 et l'été 1949, environ 700 000 à 750 000 Palestiniens fuirent ou furent expulsés de leurs villages et de leurs villes. Israël empêcha leur retour après la guerre. L'ONU créa l'UNRWA pour gérer les camps de réfugiés, où les descendants des exilés de 1948 vivent encore aujourd'hui à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et en Jordanie. La Nakba est commémorée chaque année le 15 mai. Le « droit au retour » des réfugiés palestiniens reste l'une des questions les plus épineuses du conflit israélo-palestinien.
🗳️ Le Plan de Partage de 1947
En 1947, la Palestine était sous mandat britannique. Incapable de résoudre le conflit entre Juifs et Arabes, Londres confia le problème à l'ONU. Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale vota la résolution 181 — le Plan de partage. La Palestine serait divisée en trois : un État juif (56 % du territoire), un État arabe (43 %), et Jérusalem sous contrôle international. Les Juifs, qui représentaient un tiers de la population, acceptèrent. Les Arabes, qui en représentaient les deux tiers, refusèrent — non seulement par opposition à la partition, mais aussi parce que l'État juif tel que dessiné contrôlait les meilleures terres. La guerre civile éclata presque immédiatement. Les forces sionistes (Haganah, Irgoun, Lehi) et les milices arabes s'affrontèrent pour le contrôle des routes, des villages et des villes.
💔 L'Exode
L'exode palestinien se déroula en plusieurs vagues. La première, entre décembre 1947 et mars 1948, toucha surtout la bourgeoisie arabe des villes mixtes — Haïfa, Jaffa, Jérusalem — qui préféra se mettre à l'abri. La deuxième, la plus massive, suivit le massacre de Deir Yassin (avril 1948), où les miliciens de l'Irgoun et du Lehi tuèrent une centaine de villageois, hommes, femmes et enfants. La terreur se répandit. Les Palestiniens, craignant un sort similaire, fuirent en masse. La troisième vague eut lieu après la proclamation de l'État d'Israël et l'entrée en guerre des armées arabes. Les forces israéliennes, qui passaient à l'offensive, expulsèrent les habitants de centaines de villages, souvent à la pointe du fusil. Enfin, de l'été 1948 au printemps 1949, les dernières poches arabes furent vidées. Au total, entre 700 000 et 750 000 Palestiniens devinrent des réfugiés. Ils s'entassèrent dans des camps de fortune à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie. Aucun ne fut autorisé à rentrer chez lui après la guerre. Israël scella les villages détruits et rasa les ruines.
« Nous avons quitté notre village avec les clés de la maison dans la main, croyant que nous reviendrions dans quelques jours. Ma mère portait mon petit frère. Mon père portait un sac de farine. Nous n'avons jamais revu notre maison. Les clés sont toujours chez moi, soixante-quinze ans plus tard. »
🏚️ La Destruction des Villages
Plus de 400 villages arabes furent détruits entre 1948 et 1950. Certains furent rasés par l'armée israélienne pour empêcher le retour des habitants. D'autres furent effacés pour faire place à des colonies juives, des forêts ou des zones militaires. Le Fonds national juif planta des forêts de pins sur les ruines — comme à Bir'im ou à Iqrit — effaçant à la fois le paysage et la mémoire. Les noms hébraïques remplacèrent les noms arabes. Sur les cartes israéliennes, les villages disparurent. La Nakba ne fut pas seulement un exode physique. Ce fut une tentative d'effacement culturel et historique. Les réfugiés conservèrent pourtant les clés de leurs maisons, les titres de propriété, les actes de naissance. Ces clés, transmises de génération en génération, devinrent le symbole du droit au retour — un droit que les Palestiniens n'ont jamais abandonné.
Les Clés de la Mémoire
« Dans les camps de réfugiés palestiniens, les vieilles clés rouillées sont précieusement gardées. Elles sont le symbole de la maison perdue, du village détruit, de la vie brisée. Chaque année, le 15 mai, des milliers de Palestiniens manifestent, brandissant ces clés en carton ou en métal. La Nakba n'est pas seulement un souvenir. C'est une plaie vivante, transmise de parents à enfants, de grand-pères à petits-fils. »
🕊️ La Mémoire et le Conflit
En Israël, la Nakba resta longtemps un tabou. Les manuels scolaires israéliens ne mentionnaient pas l'exode palestinien, ou le décrivaient comme un départ volontaire. Le récit officiel — « les Arabes sont partis parce que leurs dirigeants leur ont dit de partir » — fut contesté par les « nouveaux historiens » israéliens dans les années 1980 (Benny Morris, Ilan Pappé, Avi Shlaïm), qui, en ouvrant les archives, montrèrent que des expulsions massives avaient bel et bien eu lieu. En 2011, la Knesset vota une loi autorisant le retrait de financements aux institutions commémorant la Nakba — illustrant la sensibilité extrême du sujet en Israël. Côté palestinien, la Nakba est le fondement de l'identité nationale. Les camps de réfugiés, gérés par l'UNRWA, sont devenus des foyers de résistance et de militantisme. Le droit au retour — inscrit dans la résolution 194 de l'ONU — reste une revendication centrale. Aujourd'hui, les descendants des réfugiés de 1948 sont plus de six millions. La plupart n'ont jamais vu la Palestine. Mais ils portent toujours les clés.
🤔 Questions Fréquemment Posées
1) Les Palestiniens sont-ils partis volontairement ? La question est historiquement débattue. Certains sont partis d'eux-mêmes, d'autres ont fui la guerre, d'autres ont été expulsés. Les nouveaux historiens israéliens ont montré que des expulsions massives et organisées ont bien eu lieu.
2) Que dit la résolution 194 ? Adoptée par l'ONU en décembre 1948, elle stipule que « les réfugiés qui souhaitent rentrer chez eux et vivre en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à le faire ». Ce droit n'a jamais été appliqué.
3) Pourquoi Israël refuse-t-il le retour des réfugiés ? Pour des raisons démographiques. L'arrivée de millions de Palestiniens mettrait fin au caractère juif de l'État, selon les dirigeants israéliens.
4) Tous les Arabes ont-ils été expulsés ? Non. Environ 156 000 Arabes restèrent en Israël et devinrent citoyens israéliens. Leurs descendants représentent aujourd'hui environ 21 % de la population.
5) La Nakba est-elle reconnue internationalement ? L'ONU commémore la Nakba depuis 2023, après un vote de l'Assemblée générale. Cette décision a été condamnée par Israël.